Symbolisme et chiffre : le nombre Neuf – 9

 

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Dans les écrits homériques, le nombre neuf à une valeur rituelle. Déméter parcourt le monde pendant neuf jours à la recherche de sa fille Perséphone ; Letô souffre pendant neuf jours et neuf nuits les douleurs de l’enfantement ; les neuf Muses sont nées de Zeus, lors de neuf nuits d’amour. Neuf semble être la mesure des gestations, des recherches fructueuses et symbolise le couronnement des efforts, l’achèvement d’une création.

 

Clio-Thalie-Erato-Euterpe-Polhymnie-Calliope-Terpsichore-Uranie-Melpomène

 

Les Anges, selon le Pseudo-Denys l’Aéropagite, sont hiérarchisés en neuf chœurs, ou trois triade : la perfection de la perfection, l’ordre dans l’ordre, l’unité dans l’unité.

 

Chaque monde st symbolisé par un triangle, un chiffre ternaire : le ciel, la terre, les enfers. Neuf est la totalité des trois mondes.

 

Neuf est un des nombres de la sphère céleste. Il est encore, symétriquement, celui  des cercles infernaux. C’est la raison des neuf nœuds du bambou taoïste, des neuf (ou des sept) encoches du bouleau axial sibérien. C’est la raison aussi des neuf degré du trône impérial chinois, et des neufs portes qui le séparent du monde extérieur, car le microcosme est à l’image du Ciel. Aux neuf Cieux s’opposent les neuf Sources, qui sont le séjour des morts.

Les cieux bouddhiques sont neuf également, mais, selon Houai-nan tseu, le ciel chinois a neuf plaines et 9999 coins.

Le nombre neuf est à la base de la plupart des cérémonies taoïstes du temps des Han.

Neuf est le nombre de la plénitude : 9 est le nombre du yang. C’est pourquoi les chaudrons de Yu sont neuf et- pourquoi le cinabre alchimique ne devient potable qu’à la neuvième transmutation.

 

 

Neuf est aussi la mesure de l’espace chinois : nombre carré du lo-cho, nombre des régions dont les neufs pasteurs apportèrent le métal pour la fonte des neufs chaudrons. Ultérieurement la Chine comptait 18 provinces, soit deux fois neuf ; mais selon Sseuma ts’ien , elle occupait 1/81 du monde. Dans le mythe de Houang-ti, Tch’eyeou n’est pas un, mais 81  (ou 72), ce qui exprime la totalité d’une confrérie. Et ce n’est pas par hasard si le Tao-te king compte 81 chapitres (9×9).

 

Si neuf est chez Dante comme partout ailleurs le nombre du Ciel, il est aussi celui de Béatrice, laquelle est elle-même un symbole de l’Amour. (Marcel Granet, la pensée chinoise, Paris, 1934 – René Guénon, l’ésotérisme de Dante, Paris, 1925).

 

Selon l’ésotérisme islamique, descendre neuf marches sans chute signifie avoir dompté les neuf sens. C’est également le nombre qui, correspondant aux neuf ouvertures de l’homme, symbolise pour lui les voies de communication avec le monde.

 

Chez les Aztèques, le roi Tecoco, Nezahualcoyotl, construisit un temple de neuf étages, comme les neuf cieux, ou les neuf étapes que devait parcourir l’âme pour gagner le repos éternel. Il était dédié au Dieu inconnu et créateur de toutes choses, celui du voisinage immédiat, celui par qui nous vivons. (Mythologies des Montagnes, des Forêts et des Iles, (p.187) sous la direction de P. Grimal, Paris, 1963).

Dans la mythologie mezo-américaine, le chiffre neuf symbolise les neuf cieux, sur lesquels gravite le soleil. D’autre part, neuf est également le chiffre sacré de la déesse lune : dans la glyptique maya, Bolon Tiku, Déesse Neuf, est la déesse de la pleine lune. (Raphaël Girard, Le Popol-Vuh, Histoire culturelle des Maya-Quiché, (p.309) Paris, 1954).

Neuf, pour les aztèques, est spécifiquement le chiffre symbolique des choses terrestres et nocturnes ; l’enfer est fait de neuf plaines et le panthéon aztèque compte neuf divinités nocturnes, gouvernées par le dieu des enfers, qui se situe, dans leur liste, au cinquième rang, donc au milieu des huit autres.. Dans la plupart des cosmogonies indiennes, il existe également neuf mondes souterrains. Chez les Mayas, le nombre neuf, considéré au contraire comme faste, est particulièrement important en magie et en médecine (Eric S. Thompson J., Maya Hieroglyphic writing, University of Oklahoma, nouvelle édition, 1960).

La divinité du 9° jour est le serpent, qui commande aussi le treizième jour. Mais dans la croyance populaire aztèque, neuf, étant lié aux divinités de la nuit, de l’enfer et de la mort, est un nombre redouté.

 

Le nombre neuf joue un rôle éminent, tant dans la mythologie que dans les rites chamaniques des peuples turco-mongols. A la division du ciel en neuf couches s’associe souvent la croyance aux neuf fils ou serviteurs de Dieu qui, selon Gonzarov correspondraient à neuf étoiles adorées par les Mongols, les Tchouvaches de la Volga, qui classent leurs dieux par groupes de neuf, observant des rites sacrificiels, comprenant souvent neuf sacrificateurs, neuf victimes, neuf coupes, etc. Les Tchérémisses païens offrent au Dieu du Ciel neuf pains et neuf coupes d’hydromel. Les Yakoutes placent également neuf coupes sur leurs autels de sacrifice ; à titre de comparaisons mentionnons que, selon Masmoudi, les Sabéens Syriens organisèrent leur clergé d’après les neuf cercles célestes (Uno Harva, Les représentations religieuses des peuples altaïques, traduit de l’allemand par Jean-Louis Perret, (p.117-118) Paris, 1959).

 

Selon René Allendy  (Dr.René Allendy, Le Symbolisme des Nombres, (p.256, s.) Paris, 1948) le nombre neuf apparaît comme le nombre complet de l’analyse totale. Il est le symbole de la multiplicité faisant retour à l’unité et, par extension, celui de la solidarité cosmique et de la rédemption.

Tout nombre, quel qu’il soit, dit Avicenne, n’est autre que le nombre neuf ou son multiple, plus un excédent, car les signes des nombres n’ont que neuf caractères et valeurs avec le zéro.

Les Egyptiens nommaient le nombre neuf la Montagne du Soleil : la grande neuvaine était faite de l’évolution dans les trois mondes, divin, naturel et intellectuel, de l’archétype trinitaire Osiris-Isis-Horus, représentant l’Essence, la Substance et la Vie.

Pour les platoniciens d’Alexandrie, la Trinité divine primordiale se subdivisait également par trois, formant les neuf principes. C’est volontairement, ajoute Allendy, que l’architecture chrétienne a cherché à exprimer le nombre neuf : ainsi le sanctuaire de Paray-le-Monial est-il éclairé par neuf fenêtres.

 

On retrouve neuf principes universels dans les enseignements de la plus ancienne secte philosophique de l’Inde, les Vaïses-hica.

L’initiation orphique aurait de même admis trois ternaires de principes, le premier comprenait la Nuit, le Ciel, le Temps ; le second, l’Ether, la Lumière, les Astres ; le troisième, le Soleil, la Lune, la Nature ; ces principes constituaient les neuf aspects symboliques de l’Univers. Le nombre neuf, dit Parménide, concerne les choses absolues.

Les neuf  muses représentent, par les sciences et les arts, la somme des connaissances humaines.

Liturgiquement, la neuvaine représente l’achèvement, le temps complet. Elle existait dans le culte mazdéen, on le retrouve dans le Zend-Advesta, où de nombreux rites purificatoires sont formés d’une triple répétition ternaire : ainsi les vêtements d’un mort doivent être lavés neuf fois dont trois fois avec de l’urine, trois fois avec de la terre et trois fois avec de l’eau. Cette triple répétition ternaire se retrouve dans de nombreux rites de magie et de sorcellerie.

 

Trois étant le nombre novateur, son carré représente l’universalité. Il est significatif que tant de contes, de toute origine, expriment l’infini, le surnombre, par la répétition du neuf, tels les 999.999 Fravashis des anciens Iraniens : ils gardaient la semence de Zoroastre, dont devaient naître tous les prophètes.

L’Ouroboros, le serpent qui se mord la queue, image du retour du multiple à l’Un, et donc de l’Unicité primordiale et finale, est graphiquement apparenté à la reproduction du nombre neuf

Dans de multiples alphabets : tibétain, persan, hiératique, arménien, égyptien, etc.

Mystiquement cette acception du neuf l’apparente au Hak des Soufis, suprême étape de la Voie, béatitude conduisant au fana : l’annihilation de l’individu dans la totalité retrouvée ; ou, comme dit Allendy, la perte de la personnalité dans l’amour universel.

La tradition indienne précise cette acception rédemptrice du symbole Neuf, avec les neuf incarnations successives de Vishnu, qui, chaque fois, se sacrifie au salut des hommes. De même, selon les Evangiles, Jésus crucifié à la troisième heure, commence son agonie à la sixième heure (crépuscule) et expire à la neuvième.

Loui-Claude de Saint-Martin voyait dans le neuf, l’anéantissement de tout corps et de la vertu de tout corps

Les Francs-Maçons, conclue Allendy, en ont fait le nombre éternel de l’immortalité humaine et neuf maître retrouvèrent le corps et le tombeau d’Hiram. Suivant la symbolique maçonnique le nombre 9 représente aussi, dans son graphisme, une germination vers le bas, donc matérielle ; tandis que le chiffre 6 représente au contraire une germination vers le haut, donc spirituelle. Ces deux nombres sont le début d’une spirale. Dans l’ordre humain, le nombre neuf est  (en effet) celui des mots nécessaires à l’achèvement du fœtus, qui est néanmoins complètement formé dès le septième mois. (On peut observer aussi que le nombre 6 est celui de l’achèvement de la création, qui culmine le sixième jour avec l’apparition de l’homme). (Jules Boucher, La symbolique maçonnique, 2ème édition, (p.227), Paris 1953).

 

Le nombre neuf intervient fréquemment dans l’image du monde décrite dans la Théogonie d’Hésiode. Neuf jours et neuf nuits sont la mesure du temps qui sépare le ciel de la terre et celle-ci de l’enfer : une enclume d’airain tomberait du ciel durant neuf jours et neufs nuits, avant d’atteindre le dixième jour, à la terre ; et, de même, une enclume d’airain tomberait de la terre durant neuf jours et neuf nuits, avant d’atteindre, le dixième jour, au Tartare (Hésiode, Théogonie, les Travaux et les Jours, le Bouclier, traduit par Paul. Mazon, (v.720-725), Paris, 1928). De même la punition des dieux parjures consiste-t-elle à demeurer neuf années pleines loin de l’Olympe, où siège le conseil et se tient le banquet des divinités (ibid.60-61).

 

Neuf, étant le dernier de la série des chiffres, annonce à la fois une fin et un recommencement, c’est-à-dire une transposition sur un nouveau plan. On retrouverait ici l’idée de nouvelle naissance et de germination, en même temps que celle de mort ; idées dont a été signalée l’existence dans plusieurs cultures à propos des valeurs symboliques se ce nombre. Dernier des nombres de l’univers manifesté. Il ouvre la phase des transmutations. Il exprime la fin d’un cycle, l’achèvement d’une course, la fermeture de la boucle.

 

C’est en ce sens que l’on peut interpréter le titre et la répartition de l’œuvre de Plotin, tels qu’ils furent transmis par ses disciples, et notamment par Porphyre, sous une influence pythagoricienne : Ennéades (ensemble de neuf). C’est un ensemble de 54 petits traités, assez arbitrairement découpés, mais correspondant au produit de 6×9 ; deux nombres qui sont chacun multiples de trois et renforcent la symbolique du trois. Porphyre s’en émerveille : j’eus la joie de trouver le produit du nombre parfait six par le nombre neuf. Cette structure numérologique tend à symboliser la vision totale, cosmique, humaine, théologique, depuis l’origine jusqu’à l’eschatologie du monde, que représente l’enseignement du maître. Après l’émanation de l’Un et le retour à l’Un, la boucle de l’univers s’achève. Les Ennéades constituent par leur seul titre, le manifeste global d’une école et d’une vision du monde.

 

 

 

 

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[En plus des Sources multiples citées, il convient de noter /

Dictionnaire des Symboles – Mythes, Rêves, Coutumes, Gestes, Formes, Figures, Couleurs, Nombres. – Par Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, édité chez Robert Laffont / Jupiter dans la collection Bouquins

ISBN : 2.221.50319.8

1982, pour l’édition revue et corrigée.]

 

Jiddu Krishnamurti – 4 – Les réunions de Saanen

 

 Saanen (Suisse) - http://nataliedarbeloff.com

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Pendant de nombreuses années Krishnamurti a parlé chaque été  à Saanen.

Quelle était l’ambiance de ces causeries ?

 

 

Sous la tente polyédrique qui finalement est seule habilitées en ce lieu à recevoir le millier de personnes qui défile chaque été, se pressent des visages de toutes sortes ; des pâles secrètement extasiés, des moins pâles que les lieux environnants rendent moins attachés à l’événement que constitue la parole du « maître ». A vrai dire, on comprend mal ce qui unit les gens sérieux de la société théosophique, les dames pleines de vertiges et les jeunes curieux de passage, les problèmes micro – psychologiques des riches vieillards et les petites questions des pauvres gens. On ne comprend pas davantage pourquoi tout cela se passe ici, bien près de Gstaad, station réputée depuis le début du siècle, petit amas de passions luxueuses qui survivent mal à la démocratisation du site.

Ici, c’est aussi la Suisse, l’ombre de l’argent et de la bienveillante neutralité. On a beau se dire que l’ai est pur, que l’altitude des onze cents mètres est à peu près l’idéal qu’exige la santé devenue fragile de Krishnamurti, on arrive difficilement à se faire, de ces arguments fragiles, de quoi se raccrocher à l’image un peu désincarnée et pleine d’une aura de sérénité, qui ne manque pas d’accompagner l’écho de sa parole.

 

 

Il y a les petits problèmes, les cabinets, les trous dans la toile, les questions idiotes, la fatigue, les vieux contre les jeunes, les jeunes contre les vieux, les pieuses attentes trop mêlées aux questions agressives, les fausses discussions qui finissent en faux prêches et la vraie absence d’un auditoire à demi – présent, les riches qui habitent trop bien pour écouter, et les pauvres, trop mal.

 

 

Il y à toute cette chasse aux moustiques, en fait il s’agit de taons très sévères que l’imagination helvétique conjura par un feu de broussailles, enfin je parle des moustiques spirituels, engendrés par les croisements quotidiens des campeurs et de sérieux disciples venus avec l’époque de l’ « Ordre de l’Etoile d’Orient ». Il y a les petites rancoeurs des courtisans, les grands  combats de Don Quichote, et la terrible sottise des sujets à la mode, et démodés. « Dois-je porter des bijoux ? », « Comment résolvez-vous le problème sexuel ? » etc, etc.

 

 

La misère en tout cas, sous des formes diverses, venue tranquillement à lui, en petits paquets de curieux, des « révolutionnaires », d’idolâtres. Misère de la vie quotidienne, de l’absence, de l’oubli.

C’est une chose.

Lorsque Robert Linssen, à qui l’on ne peut rien apprendre, ici au moins, sur le Zen, le Ch’an ou le Vedenta, a découvert Gstaad et songe à proposer le site à Krishnamurti, il est cependant question d’autre chose, quelque chose qui fera plus tard souhaiter au maître d’en faire un promontoire définitif, au moins jusqu’à sa mort. Rien de très mystérieux en vérité, mais une combinaison d’éléments simples attelés à un projet précis. La montagne, et ce qu’elle supporte d’une certaine recherche, la bienveillance du contexte, voire la situation géographique sans ambiguïté, on suffit à écarter ce qui pouvait en ternir l’acheminement.

 

Jiddu Krishnamurti à Saanen

 

Tout se passe un peu comme si, ayant jugé suffisante l’énergie dépensée jusque là, moins à semer un évangile qu’à laisser entendre une disponibilité, et entrevoir des possibles simples et merveilleux. Krishnamurti avait décidé de venir ici écouter davantage le silence et les questions des hommes. Se récrier du décalage entre la sereine parole et l’impromptu plus ou moins innocent des chercheurs de solutions hâtives paraît même déplacé.

Ce qui se passe en réalité dans les entretiens de Saanen est double : d’une part, il y a l’abondance naïves des misères angoissées, manifestées parfois sous forme de questions pointues, ainsi que l’adoration inconditionnelle  privée définitivement d’entendre : C’est le témoignage d’une agonie collective qui ne laisse pas sensible celui qui a consacré sa  vie à tenter d’y semer une lumière. ; il engendre une fatigue qui s’arme bientôt de patience et de douceur, parfois de tendresse et aussi l’effort inépuisable d’une fécondation fondée le plus simplement du monde sur le renvoi aux simples fondements : Sois celui que tues, connais-toi, dépasse-toi. D’autre part il y a la relève d’une complicité dans la recherche authentique, plus rare, mais qui soulève la parole du maître, la fait glisser et rebondir comme au gré des proches montagnes. Et enlève sa reconnaissance car, dit-il, il est aussi là pour apprendre.

 

 

En 1950, à la Salle Pleyel, Krishnamuti tenait encore des propos vagues ; les conférences d’Oakland en 1934 lui donnait comme l’autonomie de son expression, à Ommen en 1936 les contours de la « mutation psychologie » se précisaient, mais ce n’est qu’après la guerre que la tactique presque farouche du dénuement de l’esprit prend pied, qui se donnent les moyens de déloger la certitude, le sommeil, au-delà des contradictions.

 

 

Un peu partout soutenue, elle engendre une petite armée qui la propage et l’assume de façon plus ou moins autonome ; il reste alors à Krishnamurti à écouter le monde. On vient avec lui le faire à Saanen. Et l’on écoute, ce faisant, celui qui tente presque naturellement d’être les mots qu’il prononce.

 

 

Et que se passerait-il si l’on tentait de voir le phénomène en oubliant volontairement ce qui en est l’objet, la présence de Krishnamurti, lui-même ? Comment comprendre autrement que par l’existence d’une parole doublée d’une question, la présence de ce millier annuel qui se range chaque matin de l’été pour deux heures environ, avec l’idée, qu’il se passe ici quelque chose de mêlé de l’Orient et de l’Occident, des profondeurs de l’être et de la conquête matérielle ? Comment interpréter cette quête diverse dans sa singularité ?

 

 

Comme la pensée de Krishnamurti rappelle une psychologie des niveaux dans laquelle on observerait un mouvement incessant de passage d’une crise à un niveau plus profond, prémice d’une autre vision du monde., on peut saisir les différents niveaux de la quête : De celui-ci, qui, se voulant préservé dans son ignorance, cherche à combler le casier vide de sa machine à survivre, à celui-là qui ponctue d’un silence médité, la gamme des contradicteurs et des contredits : Sauver la religion en abandonnant la politique , la vengeance en abandonnant la domination…

Ces gens on parfois des yeux étonnés qu’on ne vit pas autrefois chez ceux qui disaient reconnaître une divine incarnation. Des hommes et des femmes à qui il n’a que deux ou trois choses à dire.

Un regard, dirait René Fouéré ; et encore quelques autres, dans l’air frais de Saanen.

 

(Henri Villard, extrait de la revue Planète plus, 19 Décembre 1970)

 

 

jiddu Krishnamurti – 3 – Bilan

 


Avant de se pencher plus précisément sur le message laissé par Krishnamurti, en voilà une vue d’ensemble.

Krishnamurti commence par le début : la souffrance, la misère, la désintégration de tout ce que notre esprit a créé pour nous libérer : l’échec de l’homme à tous les niveaux de l’existence. Il n’était pas question pour lui de raser les constructions anciennes pour les remplacer par d’autres qui parviendraient inévitablement à leur fin. C’est en cela que son action se situe à un niveau différent de celles d’autres hommes qui n’ont pas résisté à combler les espaces vides de leurs théories. Ces dernières paraissent parfois résister au temps, elles n’en sont pas moins un poids qui nous retient solidement en nous.

 

Krishnamurti ne propose pas d’analyse des faits, des causes, des conséquences. Il ne nous promet pas de nous tirer plus haut, ni de nous donner un enseignement qui nous libérera de notre misère. Il ne nous invite pas à la suivre sur la voie libératrice d’une pensée ou d’une pratique quelconque. Il essaye simplement par le mensonge à la puissance 1, la parole, de nous révéler à nous même, afin que nous puissions voir ce qui est, pour nous oublier. Sortir de l’ego, accéder à la créativité par la cessation non contrainte de nos processus de pensée, par la vision de notre vacuité et la découverte simultané de l’amour.

 

« Ainsi donc en vue de comprendre la nature d’une société en voie de désintégration, n’est-il pas important de vous demander si vous et moi, si l’individu peut être créatif ? Nous pouvons voir que là où est l’imitation, il y a certainement désintégration ; là où est l’autorité, il y a nécessairement copie. Et puisque toute notre structure mentale et psychologique est basée sur l’autorité, il faut nous affranchir de l’autorité afin d’être créatifs. »

S’affranchir de l’autorité est une chose difficile. Nous avons conscience de notre propre faiblesse, nous avons conscience de notre peur face à la réalité. Nous ne voulons pas être seul car nous n’avons pas la force d’affronter ce qui est. C’est alors que nous donnons notre liberté à une cause qui doit remplacer notre progression individuelle. Nous vendons notre liberté comme un paquet de mots vides. Une fois notre liberté vendue, nous avons l’avantage de ne plus directement être concernés par les faillites du système, lesquelles ne sont que la projection de notre lâcheté. Tout au plus, en cas de désillusion, changerons-nous de système, mais cette épicerie ne nous rendra jamais ce que nous avons perdu, la liberté.

 

« Un système ne peut pas modifier l’homme, c’est l’homme qui altère toujours le système. »

Chacun veut la révolution, la liberté pour les hommes, et autres sornettes de même acabit. Chacun détient l’élixir de bonheur, de liberté, mais personne ne songerait à l’essayer. Notre seule vision est de forcer les autres à en boire un bon coup, quitte à leur casser les dents pour que ça descende mieux. Nous ne sommes que des réduits à propagande passant leur temps à coasser. Les arbres sur lesquels nous nous posons s’enlisent si vite que nous passons indéfiniment sur le suivant.

 

« Les idées sont toujours une source d’inimitié, de confusion, de conflits. Il nous faut d’abord nous affranchir de toutes les propagandes. Les croyances divisent les hommes. »

 

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La transformation par l’amour

 

Krishnamurti ne nous propose pas de nouveau refuge. Par la vision des faits il tente de nous faire découvrir la vraie liberté.

 

« Nos problèmes sont si complexes que nous ne pouvons les résoudre qu’en étant simples. Nos esprits sont si encombrés que nous sommes devenus incapable d’être simples et d’avoir des expériences directes. Si l’on est pas simples on ne peut pas être sensible aux signes extérieurs des choses. »

Pour prévenir de notre part une éventuelle recherche de simplicité, il précise ce qu’il entend par là :

 

« Un esprit habile n’est pas simple. Un esprit qui a un but en vue pour lequel il travaille, une récompense, une crainte, n’est pas un esprit simple. Un esprit surchargé de connaissance n’est pas un esprit simple. Un esprit mutilé par des croyances, un esprit qui s’est identifié à ce qui est plus grand que lui et qui lutte pour maintenir cette identité n’est pas un esprit simple. La simplicité est action sans idée. Mais c’est une chose très rare : elle implique une état créatif. »

Il ne s’agit pas de réduire le nombre de ses possessions extérieures (chaussettes, poissons rouges, surfaces molles etc.) mais plutôt de dissoudre celles qui à l’intérieur de nous-mêmes sont plus tenaces.

 

« La simplicité fondamentale, réelle, ne peut naître que de l’intérieur ; et de là se produit l’expression extérieure. La simplicité nous rend de plus en plus sensible. Un esprit sensitif (un cœur sensitif) est essentiel, car il est susceptible de perception rapide. »

 

La simplicité dont parle Krishnamurti n’est pas un moyen de parvenir quelque part mais uniquement l’aboutissement de notre libération.

Les mots sont un des principaux obstacles à notre liberté. Leur importance est si grande dans notre vie consciente et inconsciente qu’ils sont devenus notre principale nourriture. Le fait de nommer chaque perception supprime les contacts directs que nous pourrions avoir avec l’univers. Le contact devient de plus en plus rapide, sec, inexistant. Nous croyons atteindre par le mot ce qui est en relation avec nous, mais nous nous imposons des limites qu’il est difficile de franchir ensuite. Nous mutilons nos perceptions et nos contacts en les nommant consciemment et inconsciemment.

 

« Si je ne nommes pas un sentiment, c’est-à-dire si la pensée cesse d’être une communication verbale, ou une manipulation d’images et de symboles (comme pour la plus part d’entre nous) qu’arrive-t-il ? L’esprit devient autre chose qu’un simple observateur, car, ne pensant plus en termes de mots, de symboles, d’images, le penseur n’est plus séparé de la pensée, c’est-à-dire du mot. Et l’esprit est alors silencieux. »

 

Le silence de l’esprit est amour ; parfois ce que nous appelons l’amour dévoile un fragment de ce silence. L’amour que nous éprouvons nous porte au-delà de l’ego. Il est un des instants où nous échappons aux mots, aux idées, aux concepts qui nous enferment. Nous ne pouvions donc pas faire autrement que d’en créer un de nos problèmes les plus importants. L’amour est l’écharde qui nous donne ce que nous fuyons : la liberté.

 

La meilleure façon de créer un problème important est évidemment de le diviser en plusieurs petits problèmes : l’amour, l’érotisme, la sexualité, le désir, la chasteté sur lesquels nous rajoutons en surimpression les grands mots clé, encore plus dépourvus de sens : liberté, droit, morale. Après cette double opération, le problème a atteint toute son ampleur. Impossible de le résoudre. Nous pouvons donc nous en repaître à loisir, le surcharger, écrire des livres, réaliser des films, interviewer des gens, avoir des avis ; en parler, à la radio, à la télévision, dans la presse, aborder le problème en famille, autour d’un steak frites, à l’église, à l’université ou dans le métro.

 

« L’esprit ne peut que corrompre l’amour, il ne peut pas l’engendrer, il ne peut pas conférer de la beauté. L’amour n’est ni du monde de la pensée, ni du monde des objets de la pensée. On ne peut pas penser à l’amour, on ne peut pas le cultiver, on ne peut pas s’y exercer. L’amour seul peut transformer la folie actuelle, la démence du monde. »

 

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La vision de ce qui est

 

 

« Plus l’on se connaît, plus il y a de la clarté. La connaissance de soi n’a pas de limite : elle ne mène pas à un accomplissement, à une conclusion. C’est un fleuve sans fin. Plus on y plonge, plus grande est la paix que l’on y trouve. Ce n’est que lorsque l’esprit est tranquille grâce à la connaissance de soi (et non par l’imposition d’une discipline) qu’en cette tranquillité, en ce silence, la réalité surgit. Alors seulement est la félicité, l’action créatrice. »

 

La connaissance de soi est donc un état sans but, sans conclusion, sans cesse mouvant. L’homme qui se connaît voit ce qui est sans intermédiaire, sans déformation. Il ne juge pas. Il ne condamne pas, il n’interprète pas. Il n’est plus celui qui regarde ni ce qui est regardé, il est simplement.

Cette réalité nous échappe car lorsque nous le voulons, en raison justement de cet effort, elle se dérobe. Elle n’entre dans aucun moule préfabriqué et nous sommes incapables de nous ouvrir à quelque chose sans avoir défini et par conséquent, tué d’avance, la venue de ce quelque chose. Nous cherchons le vide, la béatitude, la félicité, nous n’en trouvons que l’image. L’accomplissement n’en sera que projection de notre moi et nous n’aurons pas de peine à l’atteindre si notre volonté est suffisante. C’est la différence subtile qui trompe plus d’un candidat à la libération. On n’atteint que l’idée de la libération. Lorsqu’il y a réellement libération, il n’y a plus cheminement vers quelque chose ni quelque chose qui soit atteint.

Mais cette réalité, cette vérité, où la saisir ?

Est-ce un état lointain ?

Et si celui qui la recherche ne peut l’atteindre, que faire ?

Krishnamurti répond :

 

« Le réel est tout près de vous. La réalité est en ce qui est – c’est cela sa beauté. Tout mouvement de l’esprit, positif ou négatif, est une expérience, laquelle ne fait, renforce le moi. L’état de création n’est pas du tout dans le champ d’expérience du moi, car la création n’est pas un produit de l’intellect, n’est pas du monde de la pensée, n’est pas une projection de l’esprit, mais est au-delà de toute expérience. »

 

Cet état créatif signifie état neuf, état non souillé par l’esprit. Il signifie que nos murs, servant à la fois de remparts, contre la réalité et de soutiens, s’écroulent sur la poussée lumineuse. Il ne s’agit pas de détruire nos murs psychologiques et spirituels, ni de tenter de réduire votre moi au silence, notre mémoire et notre pensée à néant. C’est le chemin suivi par de nombreux adeptes à la réalisation, mais on ne s’arrache pas le moi par la force. Une quête spirituelle procédant ainsi se heurterait sans cesse aux éléments indestructibles de la volonté. A peine arrachés, ils resurgiraient plus puissants. C’est uniquement la poussée lumineuse de la réalité vécue avec simplicité qui découvre en nous l’état paisible, le vide créatif. C’est la mort à ce que nous appelons la vie qui est le passage de la réalité. Au-delà, le temps, l’espace, le moi

et la perception ont subi la désintégration spirituelle. Il y a un hiatus entre ce que je suis et ce que je devrais être, et nous essayons de jeter constamment un pont entre les deux. C’est cela notre créativité. Qu’arriverait-il si l’idée n’existait pas ? D’un seul coup vous auriez éliminé l’intervalle. Vous seriez ce que vous êtes. »

 

« Se connaître tel que l’on est exige une extraordinaire rapidité de pensée, car ce qui est subit de perpétuels changements, et si l’esprit adhère à cette course il ne doit évidemment pas commencer par accepter, par se fixer à un dogme ou une croyance. »

 

« L’état créatif est discontinu ; il est neuf d’instant en instant ; c’est un mouvement en lequel le moi, le mien, n’est pas là, en lequel la pensée n’est pas fixée sur un but à atteindre, une réussite, un mobile, une ambition. En cet état seul est la réalité, le créateur de toute chose. Mais c’est état ne peut être conçu ou imaginé, formulé ou copié ; on ne peut l’atteindre par aucun système, aucune philosophie, aucune discipline ; au contraire, il ne naît que par la compréhension du processus total de nous-mêmes. »

Le devenir est la principale infirmité de l’homme, l’obstacle qui le situe toujours par rapport au passé. Il passe ainsi son existence entre le passé et le futur qui se rejoignent sans qu’il vive de présent immédiat. Il y a parfois quelques exceptions, quelques secondes d’extase pendant lesquels l’homme, dans l’amour ou la création artistique, échappe au temps et vit un présent immédiat, mais elles sont extrêmement rares. Nous sommes toujours prisonniers de notre mémoire affective qui nous retranche de la réalité et coupe toute communication avec le monde.

 

« Une nouvelle pensée, un nouveau sentiment ne se produisent que lorsque l’esprit n’est pas pris dans le filet de la mémoire. »

C’est en observant et en devenant conscient de nos mécanismes internes que nous pouvons saisir la différence entre le temporel qui nous paralyse et l’intemporel, libre de la mémoire et du temps.

 

« Observez-vous et vous verrez qu’il y a un intervalle entre deux pensées, entre deux émotions. Dans ce hiatus – qui n’est pas le produit de la mémoire – il y a une extraordinaire liberté par rapport au moi et au mien et cet intervalle est intemporel. »

 

« Examinez-vous sans identification, sans comparaisons, sans condamnations, sans justifications, observez simplement et vous verrez une chose extraordinaire se produire : non seulement vous mettez fin à une activité qui est inconsciente (et la plupart de nos activités le sont) mais vous devenez conscient des mobiles de cette action, sans enquête, sans analyse. »

Une autre difficulté, imposée elle aussi par la pensée, est l’impression que nous avons sans cesse de la nécessité de choisir. La volonté de parvenir à un état de libération, nous l’avons vu mène à l’illusion. Le choix, lui, engendre le conflit.

 

« C’est lorsque mon esprit est confus que je choisis ; si il n’y a pas de confusion, il n’y a pas de choix. Une personne simple et claire ne choisit pas entre faire ceci ou cela : ce qui est, est. Une action basée sur une idée est évidemment issue d’un choix ; une telle action n’est pas libératrice ; au contraire, elle n’engendre que de nouvelles résistances, de nouveaux conflits, conditionnés par l’idée. »

Les connaissances enfin sont un obstacle à la vision de ce qui est intemporel. Les actes et les pensées sont les produits mort-nés de la mémoire.

 

« Un homme riche de liens terrestres ou riche de connaissances et de croyances n e connaîtra jamais que les ténèbres et sera un centre de désordre et de misère. » – « Seul l’homme pleinement conscient est en état de méditation. Lorsqu’il y a cessation de soi, l’éternité peut entrer en existence. »

 

*

 

L’action sans devenir et l’effort

 

« L’action sans devenir est un état expérimental vécu, dans lequel il n’y a ni objet d’expérience, ni sujet subissant l’expérience. »

 

L’action telle que nous la concevons n’est que le résidu de l’idée dont elle est toujours dépendante. D’autre part l’expansion de l’intellectualisme qui nous étouffe supprime de plus en plus la possibilité de nous ouvrir à la réalité. Plus l’intellectualisme s’étend, plus la possibilité d’action diminue. Le pouvoir des mots est avant tout un pouvoir paralysant qui nous retranche à jamais de la réalité.

 

« L’idée n’est qu’une cristallisation de la pensée en un symbole et l’effort de se conformer au symbole engendre une contradiction. Ainsi, tant qu’existe un moule dans lequel vient se couler la pensée, la contradiction continuera ; et pour briser ce moule et dissiper la contradiction, la connaissance de soi est nécessaire. »

Nous avons vu que la volonté de parvenir à un but n’engendre que l’atteinte de la projection de notre pensée. La pensée à l’aide de laquelle nous essayons d’échapper à tout, de résoudre nos contradictions et nos problèmes se révèle au contraire l’instrument qui nous paralyse et nous confine en nous-mêmes, coupant tous les rapports que nous pourrions avoir avec l’univers et nous laissant nous heurter aux limites infranchissables que nous avons choisies. L’isolement, la vie en vase clos dans le vacarme des sons que nous croyons pourvus de sens, nous paralyse ainsi physiquement et nos actes ne sont plus que de pâles images de nos idées. L’odeur de la mort plane sur les cités de l’homme esclave et pour survivre, nous ne trouvons que d’autres mots à rajouter à ceux qui sont cause de notre dégénérescence.

 

L’absence d’acte sans devenir engendre l’effort ridicule qui nous secoue et nous propulse au sommet de nous même, sans plus. Nous voulons faire quelque chose, nous voulons changer l’échec en réussite mais sans arrêt nous nous encombrons dans nos propres jambes. Nous avançons nos barrières comme une planche de salut. Nous cherchons partout au point que le moindre résidu de pensée nous paraît être digne de confiance et que nous suivons en troupeau les croque-morts de l’illusion.

 

« Par la connaissance de soi, par la constante lucidité, l’on voit que la lutte, que les efforts en vue d’un devenir, ne mènent qu’à la déception, à la douleur, à l’ignorance. Mais vivre en état de connaissance en ce qui concerne ce vide intérieur et vivre avec lui en l’acceptant totalement., c’est découvrir une extraordinaire tranquillité, un calme qui n’est pas expliqué, construit, mais qui résulte de la compréhension de ce qui est. Seul cet état de paix est un état d’être créateur. »

 

*

 

Liberté et création

 

Krishnamurti essaye simplement de déclencher maintenant, à l’instant où les sons vous p

Parviennent, l’élan qui vous propulsera sans plus attendre vers la vision de la réalité. Pour la première fois, vous avez l’occasion d’agir, de laisser les mots morts à ceux qui s’en repaissent : les jugements, les appréciations, les subtilités se perdre dans l’espace.

 

« Lorsque je vous vois, je réagis. Le fait de nommer cette réaction, ce n’est pas une expérience. »

 

Ici commence la vision de la réalité. La réalité dépasse la fiction pour autant qu’on soit ouvert à l’action sans devenir.

 

« Si votre action a pour point de départ le centre du moi, elle doit produire, inévitablement encore plus de conflits, plus de confusion, plus de souffrance. »

Nous arrivons maintenant à l’effort qui nous pousse à rechercher tel ou tel acte. Il se pourrait que nous ayons l’impression qu’un effort soir absolument nécessaire même si nous n’avons pas l’idée d’un but à atteindre. Nous pourrions penser que l’acte sans devenir est le résultat de l’effort.

 

« Le bonheur se réalise-t-il par l’effort ? Avez-vous jamais essayé d’être heureux ? C’est impossible n’est-ce pas ? Vous luttez pour être heureux et il n’y a pas de bonheur. La joie ne vient ni par la répression ou la domination ni par un laisser-aller, car celui-ci finit dans l’amertume. »

 

Là non plus, la pensée ne paraît être d’aucun secours ni pour provoquer, ni pour réaliser l’acte pur. Elle dérobe par la tension qu’elle crée ce que nous cherchons « L’effort nous éloigne de ce qui est » « On ne peut pas rendre calme un lac. Il est calme quand la brise s’arrête. » Il nous faut d’abord être libres pour voir que la joie et le bonheur ne se produisent pas par un effort. Y a-t-il création par exercice de la volonté, ou au contraire lorsque cesse l’effort ? C’est alors que l’on crée, n’est-ce pas, que l’on écrit, peint ou chante, lorsqu’on est complètement ouvert, lorsqu’à tous les niveaux, on est en communication, lorsqu’on est intégré. C’est alors qu’il y a de la joie, que l’on exprime ou façonne un objet. Cet instant de création n’est pas le produit d’une lutte.

A l’image de la création artistique qui se produit lorsque l’effort cesse, lorsqu’il y a « non-présence à soi-même, en laquelle il n’y a aucune agitation ni même la perception du mouvement de la pensée », l’état créateur surgit lorsqu’il y a perception de la réalité. Ce vide créatif seul est bonheur intemporel.

 

*

 

La vacuité de l’esprit

« Un récipient n’est utilisable que lorsqu’il est vide, et un esprit qui est empli de croyances, de dogmes, d’affirmations, de citations, est en vérité un esprit stérile, une machine à répétition. Cet état de vide est ce que nous essayons de fuir par tous les moyens. C’est pour cela que la solitude est dangereuse car elle nous met en état de réceptivité. Nous cherchons ce que nous appelons des divertissements, nous cherchons à combler le silence par des bruits qui, en nous transportant dans le passé ou dans l’avenir, nous éloignent du vide. Nous meublons la solitude de pensées qui nous préservent. Mais cette vacuité ne disparaît pas pour autant. Nous la nions mais nous ne parvenons pas à la détruire.

« Si vous parvenez à une évasion totale, vous vous retrouverez dans un asile d’aliénés, ou vous deviendrez complètement stupide. Et c’est exactement ce qui se produit dans le monde. »

 

La seule solution, pour ne plus craindre cette vacuité, est de ne plus la fuir, de voir la réalité en face, sans mots, sans pensées.

 

« Le vide créateur ne peux jamais se produire tant qu’un penseur est là qui attend, qui guette, qui observe afin d’amasser l’expérience et de se consolider. Si vous « voulez » cette expérience, vous l’aurez ; mais ce que vous trouverez ne sera pas le vide créateur, ce sera la projection de votre désir, ce sera une illusion. Mais commencez à vous observer, soyez conscient de vos activités d’instant en instant, regardez l’ensemble de votre processus comme dans un miroir, et, au fur et à mesure que vous irez plus profondément, vous arriverez enfin à cette vacuité en laquelle, seule, peut se produire le renouveau. »

 

Cette vacuité fait sentir sa présence lorsque nous la fuyons, que nous la voyons comme un gouffre : lorsque nous la cherchons elle échappe à notre quête. Elle n’a pas de lieu, elle n’a pas de fixité et c’est en raison de cette fluidité que’elle n’apparaît qu’à celui qui ne « sait » pas.

« Les idées ne sont pas la vérité. La vérité doit être vécue directement d’instant en instant ; » – « C’est cela la vérité, mais la capacité d’aborder tout, d’instant en instant, à la façon d’un être neuf, non conditionné par le passé, de sorte qu’il n’existe plus d’effet cumulatif agissant comme une barrière entre soi et cela qui est . »- « L’idée ne s’arrête que lorsqu’il y a amour. L’amour n’est pas mémoire. L’amour n’est pas expérience. L’amour ne pense pas. »

 

La grande mobilité de la vérité nécessite une grande mobilité d’action accessible à celui qui ne s’attache à rien, à celui qui est libre comme le vent, car il a vu la réalité. La rapidité de sa perception rejoint la vérité qu’il « est » à travers toutes les évolutions, il n’y a plus de fixité, plus de formules, mais liberté lumineuse. Exempte de toute formation, il n’est prisonnier d’aucune formule, il n’y a plus de quête ou d’atteinte de la réalité. Les limites de la pensée sont transcendées, il atteint l’inexprimable, le sans parole.

« Si la vérité était un point fixe, ce ne serait pas la vérité, ce ne serait qu’une opinion. La vérité est l’inconnu et celui qui la cherche ne la trouver jamais car tous les éléments qui la composent appartiennent au connu. L’esprit est le résultat du passé, le produit du temps. I lest l’instrument du connu, il ne peut donc pas découvrir l’inconnu ; il ne peut aller que du connu au connu. »

 

La libération, l’état de souffrance, la béatitude, la joie, le bonheur, toutes ces choses sont la vacuité et la vacuité est au-delà de toutes ces choses. L’esprit calme et passif est alors dans son action réelle, dans sa vivacité, il perçoit la vérité inexprimable. Il échappe au temps et à l’espace. Il ne se referme sur rien.

 

« Pouvez-vous retenir le vent dans votre poing ? »

 

*

[Source : Article écrit par Daniel Odier, paru en Décembre 1970, Dans la revue Le nouveau Planète (Planète plus) Numéro 19]

 

 

 

Symbolisme et chiffre : le nombre Sept – 7

le chiffre 7

*

Sept correspond aux sept jours de la semaine, aux sept planètes, aux sept degré de la perfection, aux sept sphères ou degré célestes, aux sept pétales de la rose, aux sept têtes du naja d’Angkor, aux sept branches de l’arbre cosmique et sacrificiel du chamanisme, etc.

Certains septénaires sont symboles d’autres septénaires : ainsi la rose aux sept pétales évoquerait les sept cieux, les sept hiérarchies angéliques, tous ensembles parfaits.

Sept désigne la totalité des ordres planétaires et angéliques, la totalité des demeures célestes, la totalité de l’ordre moral, la totalité des énergies et principalement dans l’ordre spirituel.

Il était chez les Egyptiens symbole de vie éternelle. Il symbolise un cycle complet, une perfection dynamique. Chaque période lunaire dure sept jours et les quatre périodes du cycle lunaire (7 x 4) ferment le cycle. Philon d’Alexandrie observe à ce propos que la somme des sept premiers nombres (1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 + 7) arrive au même total : 28. Sept indique le sens d’un changement après un cycle accompli et d’un renouvellement positif.

Le nombre sept est caractéristique du culte d’Apollon : les cérémonies apolliniennes se célébraient au septième jour du mois. En Chine également, les fêtes populaires avaient lieu un septième jour. Il apparaît dans d’innombrables traditions et légendes grecques : les sept Hespérides, les sept portes de Thèbes, les sept fils et sept filles de Niobé ; les sept cordes de la lyre, les sept sphères, etc.

Il y a sept emblèmes du Bouddha.

Les circumambulations de La Mecque comprennent sept tours.

Il se trouve exprimé , si l’on y ajoute le centre dans l’hexagramme (Sceau de Salomon). La semaine comprend six jours actifs, plus un jour de repos, figuré par le centre ; le ciel six planètes (dans le comput ancien), le soleil étant au centre : l’hexagramme six angles, six côté ou six branches d’étoiles, le centre jouant le rôle d’un septième ; les six directions de l’espace ont un point médian ou central, qui donne le nombre sept. Il symbolise la totalité de l’espace et la totalité du temps.

Associant le nombre quatre, qui symbolise la terre (avec ses quatre point cardinaux) et le nombre trois qui symbolise le ciel, sept représente la totalité de l’univers en mouvement.

Le septénaire résume aussi la totalité de la vie morale, en additionnant les trois vertus théologales, la foi, l’espérance et la charité, et les quatre vertus cardinales, la prudence, la tempérance, la justice et la force. (Louis-Claude de Saint Martin – Tableau naturel des rapport qui existent entre Dieu, l’homme et l’Univers – Rochefort sur Mer, 1946).

Les sept couleurs de l’arc en ciel et les sept notes de la gamme diatonique révèlent le septénaire comme un régulateur des vibrations, vibrations dont plusieurs traditions primitives font l’essence même de la matière.

On prête à Hippocrate cette sentence : « Le nombre sept, par ses vertus cachées, maintient dans l’être toutes choses ; il dispense vie et mouvement : il influence jusqu’aux êtres célestes ».

Sept est le nombre, a-t-on noté d’abord, de l’achèvement cyclique et de son renouveau. Le monde ayant été créé en six jours, Dieu chôma le septième et en fit un jour saint : le sabbat n’est donc pas vraiment un repos extérieur à la création, mais son couronnement, son achèvement dans la perfection. C’est ce qu’évoque la semaine, durée d’un quartier lunaire.

La perfection à sept du rythme sénaire est aussi familière à l’Islam, et notamment à l’Ismaélisme : le solide possède sept côtés (les six faces plus sa totalité – qui correspond au sabbat-). « Tout ce qu’il y a dans le monde est sept, parce que chaque chose possède une ipséité et six côtés ». Les « dons de l’intelligence » sont sept (six plus la « ghaybat » la connaissance suprasensible). Les Imâm d’une période sont sept (six plus le Qâ’im, l’Imâm de la résurrection). Ces différentes séries sont de plus en correspondances les unes avec les autres. La religion littérale se développe sur un cycle de six « jours », qui sont six millénaires, suivis d’un septième, « le Sabbat de la religion en vérité », le « jour » du soleil et de la lumière, de la manifestation de l’Imâm jusque là caché. (Henri Corbin – Trilogie Ismaélienne – Paris, Téhéran – 1961).

Une tradition hindoue attribue au soleil sept rayons : six correspondent aux directions de l’espace, le septième au centre.

Semblablement l’arc en ciel n’a pas sept couleurs mais six : la septième est le blanc, synthèse des six autres.

De même les sept faces du mont Meru, tournées vers chacun des sept dvîpa (continents) correspondant aux sept directions de l’espace hindou (six plus le centre).(Jean Herbert – Introduction à l’Asie).

De Dieu, « Cœur de l’univers », écrit Clément d’Alexandrie, émanent les « six étendues et les six phases du temps : c’est là le secret du nombre 7 » ; le retour au « centre », au Principe, à l’issue du développement sénaire, parfait le septénaire.

Le nombre 7 est bien universellement le symbole d’une totalité, mais d’une totalité en mouvement ou d’un dynamisme total. Il est, comme tel, la clef de l’Apocalypse (7 églises, 7 étoiles, 7 esprits de Dieu, 7 sceaux, 7 trompettes, 7 tonnerres, 7 têtes, 7 fléaux, 7 coupes, 7 rois…)

 

Sept est le nombre des cieux bouddhiques, mais aussi les sept pas du Bouddha ; voyons à ce propos ce que nous dit Mircea Eliade alors qu’il évoquait les différents symbolismes de l’ascension :

« « Examinons maintenant un autre groupe d’images et de symboles, dont nous

avons déjà fait état, du fait qu’il est solidaire du symbolisme du vol :

l’ascension au Ciel par le truchement des marches. Voici d’abord un texte

bouddhique particulièrement intéressant, qui nous montre à quel point les

images traditionnelles sont susceptibles d’une revalorisation métaphysique.

« Aussitôt né, le Boddhisattva pose ses pieds à plat sur le sol et tourné vers le nord fait sept enjambées, abrité par un parasol

blanc. Il considère aux alentours toutes les régions et dit de sa voix de taureau : « Je suis le plus haut du monde, je suis le meilleur du

monde, je suis l’aîné du monde ; ceci est ma dernière naissance ; il n’y aura plus désormais pour moi de nouvelle existence. »(Majjhima -Nikâya, III, p. 123).

Ce trait mythique de la Nativité du Bouddha est repris, avec certaines

dans la littérature ultérieure des Nikâya-Agama, des Vinaya et dans les

biographies du Bouddha. Dans une longue note de sa traduction de

Mahâprajnâpâramitâsastra de Nâgârjuna, M. Etienne Lamotte a groupé

les textes les plus importants : le Bouddha fait sept pas dans une seule

direction, le nord, ou dans quatre ou dans six, ou dans dix directions, ; il

fait ces pas les pieds posés à plat sur le sol, ou reposant sur un lotus, ou à

une hauteur de quatre pouces. [(Etienne Lamotte, Le Traité de la grande vertu

de Nâgârjuna, t.I (Louvain, 1944), pp. 6 sq. Pour les représentations des

sapta pâdani, voir A. Foucher, L’Art gréco-bouddhique du Gandhâra

(Paris, 1905-1922), fig. 154-155 ; cf. aussi Images et symboles, pp.98 sq.)]

La fréquence du premier motif – les sept pas fait dans une seule direction,

le nord – nous induit à croire que les autres variantes (les quatre, six ou dix

directions) sont plus tardives, dues peut-être, à l’intégration de ce thème

mythique dans un symbolisme plus compliqué.

Laissons de côté pour l’instant l’analyse des différentes manières dont le

Bouddha atteint le Nord (les pieds posés à plat, ou sur un lotus, ou en position

planante, pour nous occuper du symbolisme central des sept pas. En étudiant

ce thème mythique M. Paul Mus a bien mis en évidence sa structure cosmo-

logique et sa signification métaphysique (Paul Mus, Barabadur. Esquisse d’une histoire du bouddhisme (Hanoï, 1935, I, pp. 476-575 ; id. La Notion du

temps réversible dans la mythologie bouddhique (Melun, 1939)). En effet les

sept pas portent le Bouddha au sommet du monde cosmique. L’expression

« je suis le plus haut du monde »(aggo’ham asmi lokassa) nesignifie pas autre

chose que la transcendance spatiale du Bouddha, il a atteint la « cime du

monde » (lokkagge) en traversant les sept étages cosmiques qui correspondent,

on le sait, aux sept cieux planétaires. D’autre part, le monument connu sous le

nom de « prâsâda à sept étage », symbolise le Monde culminant au Nord

cosmique : de sa cîme on touche la Terre suprême de Bouddha (cf. Paul Mus,

Barabudur, pp. 95 sq., 320 sq.).

Ce que le mythe de la Nativité exprime avec la plus nette précision c’est que

le Bouddha, aussitôt né, transcende le Cosmos et abolit l’espace temps (il

devient « le plus haut » et « le plus vieux du Monde ». Le symbole de la

transcendance est bien mis en lumière par les différentes manières dont le

Bouddha effectue les sept pas. Soit qu’il ne touche pas le sol, sois que des lotus

jaillissent sous ses pas, soit qu’il marche « à plat »,- il n’est souillé par aucun

contact direct avec ce monde-ci. Concernant le symbolisme des pieds posés à

plat sur le sol, Burnouf avait rappelé déjà un texte bouddhique que Paul Mus

reprend et commente (Barabadur, p. 484) : « Là où s’avance le chef du

Monde, les lieux bas se soulèvent, et les lieux hauts deviennent unis » etc. Sous

les pieds du Bouddha la Terre devient « lisse », entendez que les volumes sont

réduits et la troisième dimension est abolie, expression imagée de la

transcendance spatiale.

L’interprétation métaphysique du symbolisme de la transcendance spatiale est

portée à ses limites extrêmes par la spéculation bouddhiste. Mais ce

symbolisme n’est évidemment pas une création bouddhiste. La transcendance

du Monde par l’élévation au Ciel était connu déjà aux temps pré-bouddhiques.

« Le sacrifice, en son ensemble, c’est la nef qui mène au Ciel » (çatapatha

Brâhmana, IV, 2, 5, 10). Le mécanisme du rituel est une dûrohana,

« une ascension difficile ». L’officiant escalade les marches (àkramana) du

poteau de sacrifice, et, parvenu au sommet, il étend les mains (comme un

oiseau ses ailes !) et s’écrie : « J’ai atteint le Ciel, les Dieux ; je suis devenu

immortel ! » (Taittiriya Samaithâ, 1, 7, 9). «A la vérité, le sacrifiant se fait une

échelle et un pont pour atteindre le monde céleste »(ibid. VI, 6, 4, 2). Dans ces

cas, nous avons évidemment affaire à une croyence dans l’efficacité magico-

religieuse du sacrifice védique ; ce n’est pas encore la « transcension » du

Cosmos dont fait état le thème bouddhiste de la nativité. Néanmoins, il est

de remarquer l’analogie entre les pas du Bouddha et les « marches » du poteau

du sacrifice que l’officiant gravit jusqu’au sommet. Dans les deux cas, le

résultat est homologable : on atteint la cime culminante de l’ Univers, qui

équivaut au Nord cosmique ou au « Centre du Monde ».

La traversée par Bouddha des sept cieux pour atteindre « le point le plus élevé »

-c’est à dire son ascension à travers les sept étages cosmiques, correspondant

aux sept cieux planétaires – est un thème qui s’intègre dans un complexe

symbolico-rituel commun à l’Inde, à l’Asie centrale et au Proche-Orient

antique. Nous avons étudié ce système de croyance et de rites dans notre

Chamanisme (Mircea Eliade, pp.237sq., 423 sq. et passim), au quel nous nous

permettons de renvoyer le lecteur. Observons seulement que les « sept pas du

Bouddha » sont analogues à l’ascension du chaman sibérien au ciel, par le

truchement des entailles pratiquées dans le bouleau cérémoniel (sept, neuf ou

douze entailles symbolisant les sept, neuf ou douze Cieux) ou à l’échelle des

sept échelon gravit par l’initié dans les mystères de Mithra. Tous ces rites

et mythes ont une structure commune : l’Univers est conçu comme ayant sept

étages superposée (i.e. sept cieux planétaires) ; le sommet est constitué soit

par le Nord cosmique, soit par l’étoile Polaire, soit par l’Empyrée, formules

équivalentes du même symbolisme du « Centre du Monde » ; l’élévation au

Ciel suprême, c’est à dire l’acte de transcender le monde, a lieu près d’un

« Centre » (temple, ville royale, mais aussi arbre sacrificiel homologué à

l’Arbre cosmique, poteau du sacrifice assimilé à l’Axis mundi , etc.), parce que

c’est dans un « Centre » que s’opère la rupture des niveaux, et donc le passage

de la Terre au Ciel. (cf. Images et symboles, pp.52 sq.).

Pour revenir au thème de la Nativité du Bouddha, il est certain que nous nous

trouvons devant une réinterprétation de ce symbolisme archaïque de

transcendance. La principale différence entre les Sept Pas du Bouddha et les

rituels brahmanique, sibérien ou mithriaque consiste dans leur orientation

religieuse et leurs implications métaphysiques différentes. Le mythe de la

Nativité nous révèle la transcendance par le Bouddha de ce monde souillé et

douloureux. Les rituels brahmanique et chamanique visent une ascension

céleste destinée à faire participer au monde des Dieux et à assurer une

condition excellente après la mort, ou à obtenir un service du Dieu suprême.

L’initié dans les mystères de Mithra entreprend symboliquement la traversée

des sept cieux pour se « purifier » des influences de leurs planètes tutélaires

et s ‘élever jusqu’à l’Empyrée. Mais la structure de tous ces « motifs » est

identique : on transcende le monde en traversant les sept cieux et en atteignant le sommet cosmique, le Pôle.

Comme le remarque Paul Mus, dans al cosmologie indienne, le point d’où est

partie la Création est le sommet : « la création s’est faite graduellement au-

dessous de lui, par étapes successives. » Le Pôle n’est pas seulement l’axe des

mouvement cosmiques ; il est aussi l’endroit le plus « vieux », parce que c’est

là que le Monde est venu à l’existence. C’est pourquoi Bouddha s’écrie :

« C’est moi qui suis à la pointe du Monde…C’est moi qui en suis l’Aîné. » Car

en atteignant le sommet cosmique, Bouddha devient contemporain du

commencement du Monde. Il a aboli le Temps et la Création, et se trouve dans

l’instant atemporel qui précède la cosmogonie. Il s’ agit donc d’un « retour en

arrière », afin de réintégrer la situation primordiale, situation « pure » et

incorruptible puisque non encore engagée dans le Temps. « Revenir en

arrière », atteindre le point le plus « vieux »du Monde, équivaut à abolir la

durée, à anéantir l’œuvre du Temps. En s’écriant qu’il est « l’Aîné du Monde »,

le Bouddha proclame sa transcendance par rapport au Temps, tout comme il

déclare qu’il a transcendé l’Espace en arrivant « à la pointe du Monde ». Les

deux images expriment un dépassement total du Monde et la réintégration d’un

« état absolu » et paradoxal, au delà du Temps et de l’Espace.

Remarquons que la cosmologie indienne n’est pas seule à faire commencer la

Création au sommet. D’après les traditions sémites, le Monde a été créé en

partant de l’ombilic (image du Centre) et les mêmes idées se retrouvent ailleurs.

[Mircea Eliade, Le Mythe de l’éternel retour, pp. 36 sq. ; et Traité d’Histoire

des religions, pp. 323 sq.]. Le Centre du Monde est nécessairement le lieu le

plus « vieux »de l’Univers. Mais il ne faut pas oublier que, dans la perspective

des symbolismes qui nous occupent, la « vieillesse » signifie l’instant où le

Monde a commencé à se développer, donc le moment où le Temps a fait

irruption ; autrement dit, la « vieillesse » est une formule du Temps primordial,

du « premier » Temps. L’ « aînesse » (jyeshta) du Bouddha est une façon de

qu’il était déjà là avant la naissance du Monde, qu’il a vu le Monde venir à

l’existence et le Temps faire son apparition.

D’autre part nous savons que les ascensions rituelles au Ciel ont toujours lieu

dans un « centre » . L’arbre chamanique est censé se trouver au « Centre du

Monde », le poteau sacrificiel (Yûpa) est la réplique de l’Axis mundi. Mais un

symbolisme analogue est attesté dans la structure même des temples et des

habitations humaines. Du fait que tous les sanctuaires, les palais, les villes

royales, et, par extension, toutes les maisons, sont symboliquement situés au

« Centre du Monde », il résulte que dans n’importe laquelle de ces

constructions est possible la rupture des niveaux ; c’est à dire qu’est possible

à la fois la transcendance spatiale (l’élévation au Ciel) et la transcendance

temporelle (la réintégration de l’instant primordial où le monde n’était pas

encore venu à l’existence). Ce qui n’est pas pour nous surprendre, car on sait

que toute habitation humaine est une imago mundi et que chaque construction

d’une maison nouvelle réitère la cosmogonie.

En somme, ces symboles solidaires et complémentaires présentent tous, dans

les perspectives qui leur sont propres, une même signification : il existe, pour

l’homme, une possibilité de transcender le Monde – spatialement en allant

« vers le haut » , et temporellement en allant « à rebours », « à reculons » .

En transcendant ce monde-ci, on réintègre un situation primordiale : l’état

plénier du commencement du Monde , la perfection du « premier instant »,

alors que rien n’était « souillé », rien n’était « usé », parce que le Monde venait

à peine de naître.

Par des moyens multiples, et en partant de points de vue différents, l’homme

religieux s’efforçait toujours de se régénérer, de se renouveler en réintégrant

périodiquement la « perfection des commencements » ; c’est à dire en

retrouvant la source première de la Vie, lorsque la Vie, comme toute la

Création, était encore sacrée parce qu’elle venait de sortir des mains du

Créateur.

[Ce texte des « Sept pas du Bouddha est extrait du livre Mircea Eliade, Mythes,

rêves et mystères, pp. 139 à 145, Ed. Gallimard, Collection folio, Série Essais,

mars 2001, ISBN 2-07-032520-2]

Avicenne décrit aussi les « Sept Archanges princes des sept Cieux » qui sont les sept « Veilleurs d’Hénoch » et correspondent aussi aux sept Rishi védiques. Ceux-ci résident dans les sept étoiles de la Grande Ourse, avec lesquelles les Chinois mettent en rapport les 7 ouvertures du corps et les 7 ouvertures du cœur. La lampe rouge des sociétés secrètes chinoises a 7 branches comme le chandelier des Hébreux.

Certains textes musulmans rapportent les 7 sens ésotériques du Coran aux sept sens subtils de l’homme.

On rappellera que le Yoga connaît aussi sept sens subtils (les six chakra, plus le sahasrâra-padma).

Selon Abû Ya’qûb, les « Formes spirituelles » ont été manifestées par les « sept lettres suprêmes », qui sont les « sept intelligences », les « sept chérubins ».

Sept, nombre des Cieux, est aussi selon, selon Dante Allighiéri, celui des sphères planétaires, auxquelles les Cathares faisaient correspondre les 7 arts libéraux. (René Guénon – L’ésotérisme de Dante – Paris, 1925).

Il faut encore noter qu’il fallait aussi assimiler aux sept cieux les sept encoches de l’arbre axial sibérien, les sept couleurs de l’escalier du Bouddha, les sept métaux de l’échelle des mystères mithriaques, les sept échelons de l’échelle des Kadosh de la Maçonnerie écossaise : c’est le nombre des états spirituels hiérarchisés qui permettent le passage de la terre au ciel.

(René Guénon – Le Roi du Monde – Paris, 1927 et Symboles fondamentaux de la Science Sacrée – Paris, 1962).

On a noté que le Bouddha naissant avait mesuré l’univers en faisant sept pas dans chacune des quatre directions. Quatre des étapes essentielles de son expérience libératrice correspondant à des arrêts de sept jours chacun sous quatre arbres différents.

Les nombres yang, écrit Sseu-ma Ts’ien, atteignent leur perfections à 7.

La divination par les baguettes d’achillée considère sept catégories d’indice ; ces baguettes sont 49 (7 x 7). (M. Granet – La pensée chinoise – Paris, 1934).

49 aussi le nombre du Bardo, l’état intermédiaire suivant la mort, chez les Tibétains : cet état dure 49 jours divisés, au début tout au moins, en 7 périodes de 7 jours. (Dr. W. Y. Evans – Wentz : Le Bardo Thödol – Livre des morts tibétains – Paris, 1961).

Les âmes japonaises sont dites séjournées 49 jours sur le toit des maisons, ce qui a la même signification.

Le nombre sept est fréquemment employé dans al bible. Par exemple chandelier à sept branches ; sept esprits reposant sur la tige de Jessé ; sept cieux ou habitent les ordres angéliques ; Salomon construisit le temple en sept ans (1 Rois, 6, 38). Non seulement le septième jour, mais la septième année est de repos. Tous les sept ans, les serviteurs sont libérés, les débiteurs exemptés. Sept est utilisé 77 fois dans l’Ancien Testament ; Le chiffre sept par la transformation qu’il inaugure, possède en lui même un pouvoir, c’est un nombre magique. Lors de la prise de Jéricho, sept prêtres portant sept trompettes doivent, le septième jour, faire sept fois le tour de la ville. Elisée éternue sept fois et l’enfant ressuscite (11 Rois, 4, 35). Un lépreux plonge sept fois dans le Jourdain et se lève guéri (11 Rois, 5, 14). Le juste tombe sept fois et se relève pardonné (Proverbe, 24, 16). Sept animaux purs de chaque espèce seront sauvés du déluge. Joseph rêve de sept vaches grasses et de sept vaches maigres.

Sept comporte cependant une anxiété par le fait qu’il indique le passage du connu à l’inconnu : un cycle s’est accompli, mais quel sera le suivant ?

Chiffre sacré déjà chez les Sumériens, sept (et certains de ses multiples) est bien l’enfant chéri de l’arithmologie biblique. Correspondant au nombre des planètes (comput des anciens), il caractérise toujours la perfection (dans la gnose, le plérôme), sinon la divinité. La semaine dure sept jours en souvenir de la durée de la création (Gen. 2, 2 s.). Si la fête pascale des pains sans levains couvre sept jours (Ex. 12, 15,19), c’est assurément parce que l’exode est regardé comme une nouvelle création, la création salvatrice.

Zacharie (3, 9) parle des sept yeux de Dieu. Les septénaires de l’Apocalypse (les sept lampes qui sont les sept esprits de Dieu = son esprit tout entier (4, 5) ; les sept lettres aux sept églises = à l’Eglise tout entière ; les sept trompettes, coupes, etc. annoncent l’exécution finale de la volonté de Dieu dans le monde.

C’est pourquoi sept est aussi le chiffre de Satan qui s’efforce de copier Dieu : « le singe de Dieu ». Ainsi la bête infernale de l’Apocalypse (13, 1) a sept têtes.

Mais le voyant de Patmos réserve aux puissances mauvaises la moitié de sept, trois et demi, manifestant par là l’échec assuré des entreprises du mal (Apoc. 12, 6) : le dragon ne peut menacer la femme (= le peuple de Dieu) plus longtemps que 1260 jours = 3 ans et demi (voir encore 12, 14 : trois temps et demi).

Sept est la clé de l’Evangile de Saint Jean : les sept semaines, les sept miracles, les sept mentions du Christ : « Je suis ».

Il revient quarante fois dans l’Apocalypse : septénaire des sceaux, des trompettes, des coupes, des visions, etc. Le livre est construit par série de sept. Ce nombre désigne ici encore la plénitude d’une période de temps révolue (la création dans la Genèse) ; l’accomplissement d’un temps, d’une ère, d’une phase ; la plénitude des grâces données par l’Esprit saint à l’Eglise.

Le « septième jour » a fait l’objet de nombreuses interprétations symbolique dans un sens mystique. Ce jour où Dieu se repose après la Création signifie comme une restauration des forces divines dans la contemplation de l’œuvre accomplie. Ce repos du septième jour marque un pacte entre Dieu et l’homme ;

Le sept symbolise l’achèvement du monde et la plénitude des temps. Selon Saint Augustin il mesure le temps de l’histoire, le temps du pèlerinage terrestre de l’homme. Si Dieu prend un jour pour se reposer c’est, dira Saint Augustin, parce qu’il veut se distinguer de la création, être indépendant d’elle et lui permettre de se reposer en lui. D’autre part, l’homme lui-même par le chiffre sept, qui indique le repos, la cessation du travail, est inviter à se tourner vers Dieu pour se reposer en lui seul (De Gen. Ad litt, 4, 16). Augustin parlera aussi du grand mystère de la pêche miraculeuse représentant la fin du monde. L Christ est accompagné de sept disciples et par la même il inaugure la fin des temps.

Enfin le six désigne une partie, car le travail est dans la partie : seul le repos signifie le tout., car il désigne la perfection. Nous souffrons dans la mesure même où nous connaissons en partie, sans la plénitude de la rencontre avec Dieu ; ce qui est partie s’évanouira, le sept couronnera le six (cf. De civitate dei, 11,31). (Sur ce thème et l’interprétation donnée par Saint Augustin, voir Auguste Luneau , l’Histoire du salut chez les Pères de l’Eglise, Paris, 1964, pp. 336-338).

*

2ème partie

Si l’on en croit le Talmud, les Hébreux voyaient aussi dans le nombre sept le symbole de la « totalité humaine », mâle et femelle à la fois, et ceci par addition de quatre et trois : en effet Adam, dans les « heures » de sa première « journée » reçoit l’âme qui lui donne complètement existence à l’heure quatre ; c’est à l’heure sept qu’il reçoit sa compagne, c’est-à-dire qu’il se dédouble en Adam et Eve.

En Islam sept est également un nombre faste, symbole de perfection : sept cieux, sept terres, sept mers, sept divisions de l’enfer, sept portes,. Les sept versets de la Fatiha (sourate ouvrant le Coran), les sept lettres non utilisées de l’alphabet arabe « qui sont tombées sous la table », les sept mots qui composent la profession de foi musulmane, la Sahâda, etc.

Lors du pèlerinage à la Mecque, on doit effectuer sept tours de la Ka’ba et sept parcours entre les monts Cafâ et Marnia.

Les compagnons de la Caverne, Ashab al-Kahf (Coran, 17) étaient sept (les sept Dormants). Des charmes sont composés avec leurs noms, auxquels on ajoute celui du chien qui les garda pendant 300 ans (E. W. Lane – The Arabian Night’Entertainment, New York ,1927 (nouvelle édition)).

Les sept portes du paradis s’ouvrent devant la mère de sept filles. On lit sur la femme enceinte menacée d’un danger sept versets de la sourate. En Iran au moment de l’accouchement, on place sur une nappe une lampe allumée et on garnit la nappe de sept sortes de fruits et de sept espèces de graines aromatiques. L’enfant recevait généralement son nom le septième jour. Parfois à la veille de son mariage, une jeune fille se rend à la rivière, remplit et vide sept fois sa cruche, puis jette à l’eau sept poignées de grains (H. Masse – Croyances et coutumes persanes, 2 volumes, Paris, 1938). Symbole magique de fécondité.

Au Maroc, les femmes stériles enroulent leur ceinture sept fois autour du tronc de certains arbres, puis l’attache à l’une des sept cordes qui y sont fixées. (E. Westermarck – Ritual and belief in Morocco, 2 volumes, London, 1926).

En Syrie une jeune fille sans prétendant exorcise les mauvaises influences qui l’empêche de trouver un mari en se baignant dans la mer et en laissant passer sept vagues au-dessus de sa tête.

Si l’on met un sabre nu devant un enfant âgé de sept jours il deviendra courageux.

Sept éléments sont essentiels à la parure des femmes. Pour assurer à un défunt le pardon de ses péchés, il faut tirer sept lignes sur sa tombe. L’inhumation faite on s’éloigne de sept pas, puis on revient d’autant.

On rend visite au mausolée du saint, qu’on veut solliciter, sept jours ou quatre fois sept jours.

Des voyageurs devant passer la nuit dans un lieu inhabité en font sept fois le tour.

On pense souvent que l’âme des morts reste auprès de al tombe pendant sept jours.

Les exemples sont innombrables. Il s’agit d’un nombre sacré, généralement bénéfique, parfois maléfique. Un dicton déclare que « sept est difficile ».

Le célèbre ouvrage de Nizami, « Les sept Princesses », joint le symbolisme des couleurs à l’astrologie : sept palais ont chacun la couleur d’une des sept planètes ; dans chacun d’eux se trouve une princesse de l’un des sept climats.

Les mystiques musulmans déclarent que le Coran comporte sept sens (il est parfois question de soixante-dix sens). Une tradition du Prophète (hadith) affirme : « le Coran a un sens exotérique et un sens ésotérique. Ce sens ésotérique a lui-même un sens ésotérique, et ainsi de suite jusqu’à sept sens ésotériques ».

La physiologie mystique, si caractéristique du soufisme iranien, se fonde sur le septénaire. Des auteurs tel que Semnâni distinguent sept organes (ou enveloppes) subtils « dont chacun est la typification d’un prophète dans le microcosme humain….

Le premier est désigné comme l’organe corporel subtil ; il est désigné comme l’Adam de ton être…

Le sixième est le Jésus de ton être.

Le septième est le Mohammad de ton être ».

(Henri Corbin, L’homme de lumière dans le soufisme iranien (pages : 238 et suivantes), Paris, 1961).

Ces enveloppes subtils sont associées à des couleurs : noir mat, pour l’ « Adam » ; bleu, pour « Noé » ; rouge pour »Abraham » ; blanc, pour « Moïse » ; Jaune, pour « David » ; noir lumineux, pour « Jésus » ; vert, pour « Mohammad ». (Henri Corbin, L’homme de lumière dans le soufisme iranien (pages : 242).

Les sept différentes étapes sur la voie mystique sont symbolisées par ATTAR, dans son célèbre poème intitulé « Le langage des oiseaux », par sept vallées : la première est celle de la recherche (talab) ; la deuxième est celle de l’amour (eshq) ; la troisième est celle de la connaissance (ma’rifat) ; la quatrième est celle de l’indépendance (istignâ) ; la cinquième celle de l’unité (tawhîd) ; la sixième celle de l’émerveillement (hayrat) ; et la septième, celle du dénuement (faqr) et de la mort mystique (fenâ).

Chez les indiens de la Prairie, ce nombre représente les coordonnées cosmiques de l’Homme par addition des quatre points cardinaux (plan de l’immanence) et de l’axe du monde, traversant ce plan en son centre, qui est l’ « ici » (l’Homme) et se terminant par l’en-dessous et l’au-dessus. 7 = 4 (points cardinaux) + 2 (axe vertical) + 1 (centre), ce 1 étant la résultante de 4 et 2. L’opposition transcendantale de l’au-dessus et de l’en-dessous se résout par la rencontre du plan d’immanence en l’Unité, qui est la place de l’Homme (d’après Hartley Burr Alexander, Le Cercle du Monde (The world’s rim : Great mysteries of the north american indians), Paris, 1962).

Même symbole, mais transposé sur le plan social, chez les indiens Pueblo. La ville sainte de Zuni, « Centre du Monde », est divisée en sept parties correspondant aux « sept quartiers du monde ». Elle est faite de la réunion de sept anciens villages représentent la même division du cosmos. La division sociale était calquée sur le même plan, les clans étant rattachés par groupes de trois à ces septièmes, à l’exception du clan des perroquets, premier clan de la tribu, qui occupait seul le « milieu », l’ « ici » (Werner Muller, les religions des indiens d’Amérique du Nord, in Les religions amérindiennes (pages 277 et 278), traduit de l’allemand par L. Jospin, Paris, 1962). Les couleurs cosmiques étaient réparties selon cette même « boussole cosmique ».

Chez les Maya – Quiché, le Grand Dieu du Ciel, qui se fait Dieu – Treize avec les douze étoiles (dieu de la pluie) se fait aussi Dieu – Sept avec six soleils cosmiques : il constitue ainsi le groupe des dieux agraires. L’idéogrammes du Dieu – Sept est représenté par la Grande – Ourse.

Chez les Mames, descendants des Mayas, le foyer est formé de six pierres (trois grandes et trois petites) qui, en recevant la marmite, forment le nombre sept, attribut du Dieu – Agraire, qui est aussi celui du feu sous toutes ses formes : feu divin = foudre ; feu de l’inframonde = réchauffant la Grand-Mère Terre ; foyer = feu des hommes (Raphaël Girard, Le Popol-Vuh, Histoire culturelle des Maya-Quiché (page 81), Paris, 1954).

Le Dieu Agraire est Dieu-Sept parce que le nombre sept est lié au phénomène astronomique du passage du soleil par le zénith, qui détermine la saison des pluies (Popol-Vuh). Ce Dieu étant l’archétype de l’Homme Parfait impose son symbole numérique à la famille humaine : celle-ci, en effet, doit idéalement comprendre six enfants ; ils forment le corps du sept, dont la tête est faite de la symbiose luni-solaire des parents, rappelant les Jumeaux divins créateurs (Raphaël Girard, Le Popol-Vuh, Histoire Naturelle culturelle des Mayas-Quiché (page 237), Paris, 1954.

Chez les Mayas, le septième jour, placé au milieu de la semaine de treize jours, est sous lesigne du dieu Jaguar, expression des forces internes de la terre. C’est un jour faste (Eric S. Thompson Junior, Maya Hieroglyphic writing, university of Oklahoma, nouvelle édition, 1960).

La déesse 7, appelée “sept serpents” ou “sept épis”, placée au milieu de la série 1 à 13, symbolise le cœur de l’homme et du mais. Les jours numérotés 7 sont favorables (Jacques Soustelle, La pensée cosmologique des anciens Mexicains, Paris, 1940 et Eric S. Thompson Junior (ibidem)).

Dans le temple de Coricancha, à Cuzco, où était résumé tout le panthéon des Incas, un mur portait près de l’arbre cosmique, un dessin représentant sept yeux nommés, « les yeux de toutes choses ». Lehman-Nitsche pense qu’il s’agir à la fois de la constellation des Pléïades et, sans doute, des yeux de la divinité suprême ouranienne, Viracocha. Il observe que le prophète Zacharie (4, 10) parle des « sept yeux du Seigneur », qui surveillent tous les peuples de la terre.

En Afrique également, sept est un symbole de la perfection et de l’unité. Chez les Dogons, 7 étant la somme de 4, symbole de la féminité, et de 3 symbole de la masculinité, représente la perfection humaine (Marcel Griaule, Dieu d’eau, Paris, 1948).

Les Dogons considèrent le nombre 7 comme le symbole de l’union des contraires, de la résolution du dualisme, donc comme un symbole d’unicité et par là de perfection. Mais cette union des contraires, qui est très précisément celles des sexes, est également symbole de fécondation. Pour cette raison, le verbe étant analogue au sperme comme l’oreille est au vagin, pour le Dogon, le nombre 7 est l’insigne du Maître de la Parole, dieu des pluies nouvelles, et donc de l’orage et des forgerons (Marcel Griaule (ibidem) et P. Grison, la légende des Hong, in Et. trad. n° 377, Paris, 1963).

Sept, somme du 4 femelle et du 3 mâle, est également le nombre de al perfection pour les Bambaras. Le dieu souverain, Faro, dieu d’eau et du verbe, habite le septième ciel, avec l’eau fécondante qu’il dispense sous forme de pluies. C’est également dans le septième ciel que s’abîme chaque soir le soleil à la fin de sa course. La terre, comme les cieux, comprend sept étages et les eaux terrestres sont également au nombre de sept, de même que les métaux. Sept est à la fois le nombre de l’homme et le principe de l’univers.

Somme de 4 et 3, il est le signe de l’homme complet (avec ses deux principes spirituels et de sexe différents), du monde complet, de la création aboutie, de al croissance de al nature. Il est aussi l’expression de al Parole Parfaite et par là de l’unité originelle.

Les Tatars de l’Altaï, pour vanter les sanctuaires de leur pays antal les comprennent tous sous une seule dénomination « Mon pays aux Sept Portes et mes eaux » (Uno Harva, Les représentations religieuses des peuples altaïques, traduit de l’allemand par Jean-Louis Perret, Paris, 1959).

Le chiffre sept est un « chiffre cosmique sacré » chez les Turco-Mongols souligne Jean-Paul Roux, page 98, dans Faune et Flore sacrées dans les Sociétés Altaïques, (Paris, 1966).

Le sept, nombre de l’homme parfait – c’est-à-dire de l’homme parfaitement réalisé-, est donc, on le comprend aisément, le nombre de l’androgyne hermétique, comme il est en Afrique celui des Jumeaux mythiques. Car il est bien certain que cet androgyne et ces jumeaux ne font qu’un. Significatifs sont encore les mariages d’arcanes majeures du Tarot qui forment le sept. Sept par quatre et trois c’est le couple Empereur – Impératrice, le Père et la Mère, la perfection dans le Manifesté, l’intérieur et l’extérieur du pouvoir temporel assumé, la Somme harmonieuse des Quatre Eléments et des Trois Principes de la Science Secrète. En revanche le couple de la spiritualité, Pape – Papesse, donne lui aussi sept, mais par cinq et deux. Qaun à l’arcane sept, expression de ces deux mariages, on ne s’étonnera pas qu’il soit celui du Chariot, signe d’accomplissement.

Dans les contes et légendes se nombre exprimerait les « Sept états de la matière, les Sept degrés de la conscience, les Sept étapes de l’évolution :

1 – conscience du corps physique : désirs apaisés de façon élémentaire et brutale ;

2 – conscience de l’émotion : les pulsions se compliquent de sentiment et d’imagination ;

3 – conscience de l’intelligence : le sujet classe, ordonne, raisonne ;

4 – conscience de l’intuition : les relations avec l’inconscient se perçoivent ;

5 – conscience de la spiritualité : détachement de la vie matérielle ;

6 – conscience de la volonté : qui fait pousser le savoir dans l’action ;

7 – conscience de la vie : qui dirige toute activité vers la vie éternelle et le salut.

Mmme Loeffer – Delachaux voit dans le Petit Poucet et chacun de ses frères des symboles de chacun de ces états de conscience. (dans son livre : Le symbolisme des contes de fée, Paris, 1949).

**

[En plus des Sources multiples citées, il convient de noter /

Dictionnaire des Symboles – Mythes, Rêves, Coutumes, Gestes, Formes, Figures, Couleurs, Nombres. – Par Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, édité chez Robert Laffont / Jupiter dans la collection Bouquins

ISBN : 2.221.50319.8

1982, pour l’édition revue et corrigée.]

La maladie !!! La sante !!! La Mort !!!

*lamaladieoulamortwww.galeriepeinture.free.fr.jpg

Généraliser, focaliser, sur la maladie, lorsqu’on souhaite s’y atteler semble vite, aux fruits des réflexions, révéler à l’esprit de celui qui cherche vraiment, c’est à dire objectivement ?,  le plus objectivement possible serait préférable, s’avérer de plus en plus hasardeux!

La première constatation peut être tirée du vocabulaire lui-même:

Maladie = Malade = constat d’un état différent.

Cet état n’est qualifié alors qu’en comparaison d’un autre dans le temps.

Maintenant malade.

Mais avant, quoi?

En état de santé?

Bonne? Mauvaise? Physique? Mentale?

Surgit alors comme une évidence:On dirait qu’un changement est intervenu, qu’un équilibre s’est rompu.

Que s’est-il passé entre le moment où celui-ci était viable avec les mots « bonne santé » et celui ou l’on devient l’être malade?

En mauvaise santé?

Alors là, que répondre…..il faudra encore réfléchir.

Une autre évidence s’est imposée : celle de la conscience qui permet de constater un état.

Et ce mot, CONSCIENCE, apparaît.

Comment expliquer cette conscience?

Est-elle soudaine?

Est-elle progressive?

Quelle est cette conscience? Qu’est-elle? Quelle genre de conscience?

Y-a-t-il une bonne ou une mauvaise conscience?

Entre-t-on dans une dualité pour en faire une non-dualité?

Quoiqu’il en soit, comment survient-elle?

Finalement, le mot « CONSCIENCE » que signifie-t-il?

« Il y a certainement un certain travail de défrichage, de déchiffrage avant de pouvoir en …..

Philosopher?

  Affirmatif !

.

Est-il possible d’en parler simplement sans en arriver là?

Certains diront oui; D’autres non.

D’autres encore,face à la complexité qu’ils entrevoient, préféreront éluder la question  et se replonger voluptueusement dans les programmes de télévisions ou autre « chat » ou jeu vidéo voire « dodo ».

Il y en a même qui diront ne pas savoir, se désintéresser du sujet, ne pas se sentir concerné, que celà ne sert à rien ,ne résoudra rien, que ce n’est pas le fon du problème.

En sont-ils bien sûr?

Qu’importe le raisonnement tenu,

Ici  il faut souhaiter en parler, ne serait-ce que pour avancer soi-même,

faire patager sa découverte de la conscience face à …, ne serait-ce qu’imaginer, créer une situation.

Ne pas broncher devant l’obstacle?

Si mais avec un peu d’humour, et surtout prendre le temps qu’il faut à la réflexion ouverte.

A mijoter sur le sujet : Conscience et maladie, Conscience, Conscience et…,au feu doux des idées, les réflexions y gagneront en saveurs et en subtilités; les mots auront de l’arôme, une robe à se pâmer d’hypothèses, un bouquet subtil  à la limite de l’inconscience. Il reste à cuisiner nos méninges pour en extraire la substantifique moelle.

Alors que chacun mijote de son côté et se donne rendez vous à l’envie au gré du temps.

N.B.- Pour icelles et iceux  qui voudraient joindre les fruits de leurs        réflexions à celles de la « voix off »,il est demandé de                         n’intervenir qu’à la 3ème personne du singulier et du pluriel, et bien sûr à l’infinitif  et aux participes présent et passé,                                                                                                                                               Sont bannis les pronoms personnels : je, tu, nous, vous, me, te.

                   les adjectifs possessifs : mon, ton, son, nôtre, vôtre            

                  les pronoms possessifs : moi, toi, nôtre(s), vôtre(s),              

                                     le(s) mien(ne) (s), le(s) tien(ne) (s), le(s) nôtre(s), le(s)                                                          vôtre(s)                                                                                                            

Quelle en est la raison?

Pour un exercice de style?

 

Que nenni, simplement pour offrir le fruit d’une réaction personnelle sur un mode impersonnel qui permet de s’effacer pour laisser s’exprimer une seule « personne »,  pratiquement le sujet, que l’on traite de la façon la plus disponible, libéré en quelque sorte de l’égo de chacun.

 

Seuls les prénoms ou pseudos sont autorisés.

On pourrait créer un néologisme pour préciser cette façon d’écrire le reflet de sa pensée vers le Soi toi en conservant l’identité de l’Ego, je propose : INFINITESIVISME

Une seule autre exigence, prendre le temps qu’il faut pour avancer dans la réflexion .

Le temps n’est pas compté, seule  est importante la recherche et sa mise en évidence à mots choisis.

Lorsqu’on connaît la valeur des mots et leur pouvoir, on se doit d’en respecter l’utilisation de leurs vibrations en utilisant les mots exacts qui reflètent le plus précisément ce que l’on souhaite faire partager, sachant que chacun écrit sous sa propre responsabilité, sur le plan de l’absolu et non du relatif.

Peu importe l’esprit de synthèse que l’on a ou pas, s’exprimer reste néanmoins la priorité, mais avec le plus de justesse possible pour respecter la pensée de chacun.

Les citations ainsi que les métaphores sont les bienvenues encore faut-il qu’elles soient originales et non passe partout; poétiques seraient un plus, et non invalidante pour l’esprit. Les sources doivent être citées

Avec le plus de précisions possible .i

Il n’y a aucun jugement de valeur.

Ici il n’y a ni Maître, ni élèves, ni disciples, ni esclaves d’aucune sorte, seulement des Êtres doués de pensées.

(Cela se fera donc par le bais des commentaires (peut-être en attendant la possibilité de création d’un forum)tout billet qui ne respecterait pas ce qui précède se verra effacer purement et simplement afin de respecter l’ Unité pou une meilleur e compréhension, merci d’en prendre note.)

Bon vent dans la brume des mots et les flots des idées et de leur reflet à l’image de votre Soi.

La Maladie !!!

Généraliser, focaliser, sur la maladie, lorsqu’on souhaite s’y atteler semble vite, aux fruits des réflexions, révéler à l’esprit de celui qui cherche vraiment, c’est à dire objectivement ?,  le plus objectivement possible serait préférable, s’avérer de plus en plus hasardeux!

La première constatation peut être tirée du vocabulaire lui-même:

Maladie = Malade = constat d’un état différent.

Cet état n’est qualifié alors qu’en comparaison d’un autre dans le temps.

Maintenant malade.

Mais avant, quoi?

En état de santé?

Bonne? Mauvaise? Physique? Mentale?

Surgit alors comme une évidence:On dirait qu’un changement est intervenu, qu’un équilibre s’est rompu.

Que s’est-il passé entre le moment où celui-ci était viable avec les mots « bonne santé » et celui ou l’on devient l’être malade?

En mauvaise santé?

Alors là, que répondre…..il faudra encore réfléchir.

Une autre évidence s’est imposée : celle de la conscience qui permet de constater un état.

Et ce mot, CONSCIENCE, apparaît.

Comment expliquer cette conscience?

Est-elle soudaine?

Est-elle progressive?

Quelle est cette conscience? Qu’est-elle? Quelle genre de conscience?

Y-a-t-il une bonne ou une mauvaise conscience?

Entre-t-on dans une dualité pour en faire une non-dualité?

Quoiqu’il en soit, comment survient-elle?

Finalement, le mot « CONSCIENCE » que signifie-t-il?

« Il y a certainement un certain travail de défrichage, de déchiffrage avant de pouvoir en …..

Philosopher?

Affirmatif !

.

Est-il possible d’en parler simplement sans en arriver là?

Certains diront oui; D’autres non.

D’autres encore,face à la complexité qu’ils entrevoient, préféreront éluder la question  et se replonger voluptueusement dans les programmes de télévisions ou autre « chat » ou jeu vidéo voire « dodo ».

Il y en a même qui diront ne pas savoir, se désintéresser du sujet, ne pas se sentir concerné, que celà ne sert à rien ,ne résoudra rien, que ce n’est pas le fon du problème.

En sont-ils bien sûr?

Qu’importe le raisonnement tenu,

Ici  il faut souhaiter en parler, ne serait-ce que pour avancer soi-même,

faire patager sa découverte de la conscience face à …, ne serait-ce qu’imaginer, créer une situation.

Ne pas broncher devant l’obstacle?

Si mais avec un peu d’humour, et surtout prendre le temps qu’il faut à la réflexion ouverte.

A mijoter sur le sujet : Conscience et maladie, Conscience, Conscience et…,au feu doux des idées, les réflexions y gagneront en saveurs et en subtilités; les mots auront de l’arôme, une robe à se pâmer d’hypothèses, un bouquet subtil  à la limite de l’inconscience. Il reste à cuisiner nos méninges pour en extraire la substantifique moelle.

Alors que chacun mijote de son côté et se donne rendez vous à l’envie au gré du temps.

N.B.- Pour icelles et iceux  qui voudraient joindre les fruits de leurs        réflexions à celles de la « voix off »,il est demandé de                         n’intervenir qu’à la 3ème personne du singulier et du pluriel, et bien sûr à l’infinitif  et aux participes présent et passé,                                                                                                                                               Sont bannis les pronoms personnels : je, tu, nous, vous, me, te.

                   les adjectifs possessifs : mon, ton, son, nôtre, vôtre            

                  les pronoms possessifs : moi, toi, nôtre(s), vôtre(s),              

                                     le(s) mien(ne) (s), le(s) tien(ne) (s), le(s) nôtre(s), le(s)                                                          vôtre(s)                                                                                                            

Quelle en est la raison?

Pour un exercice de style?

Que nenni, simplement pour offrir le fruit d’une réaction personnelle sur un mode impersonnel qui permet de s’effacer pour laisser s’exprimer une seule « personne »,  pratiquement le sujet, que l’on traite de la façon la plus disponible, libéré en quelque sorte de l’égo de chacun.

Seuls les prénoms ou pseudos sont autorisés.

Une seule autre exigence, prendre le temps qu’il faut pour avancer dans la réflexion .

Le temps n’est pas compté, seule  est importante la recherche et sa mise en évidence à mots choisis.

Lorsqu’on connaît la valeur des mots et leur pouvoir, on se doit d’en respecter l’utilisation de leurs vibrations en utilisant les mots exacts qui reflètent le plus précisément ce que l’on souhaite faire partager, sachant que chacun écrit sous sa propre responsabilité, sur le plan de l’absolu et non du relatif.

Peu importe l’esprit de synthèse que l’on a ou pas, s’exprimer reste néanmoins la priorité, mais avec le plus de justesse possible pour respecter la pensée de chacun.

Les citations ainsi que les métaphores sont les bienvenues encore faut-il qu’elles soient originales et non passe partout; poétiques seraient un plus, et non invalidante pour l’esprit. Les sources doivent être citées

Avec le plus de précisions possible .i

Il n’y a aucun jugement de valeur.

Ici il n’y a ni Maître, ni élèves, ni disciples, ni esclaves d’aucune sorte, seulement des Êtres doués de pensées.

(Cela se fera donc par le bais des commentaires (peut-être en attendant la possibilité de création d’un forum)tout billet qui ne respecterait pas ce qui précède se verra effacer purement et simplement afin de respecter l’ Unité pou une meilleur e compréhension, merci d’en prendre note.)

Bon vent dans la brume des mots et les flots des idées et de leur reflet à l’image de votre Soi.

P.S. Un grand merci d’avance à toutes celles et à tous ceux qui voudront bien accepter de tenter cette aventure.

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Ganeshabreizh

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