Jiddu Krishnamurti – 10 – Les textes : La réincarnation ? Qu’y a-t-il de vrai et qu’y a-t-il de faux dans les théories de la réincarnation ?

Jiddhu Krishnamurti

*

J’espère qu’après avoir écouté deux heures et dix minutes, vos esprits sont encore frais. Le sont-ils, Messieurs et Mesdames ?

Oui ?

Très bien.

Ce que nous essayons de faire ici c’est de penser à un problème ensemble, vous n’êtes pas en train d’écouter un gramophone. Je refuse d’être un gramophone ; mais vous êtes habitué à simplement écouter, ce qui veut dire, en fait, que vous ne suivez pas du tout. Vous écoutez superficiellement, étant captés par des mots, et par conséquent, vous n’êtes pas les régénérateurs, ou créateur, d’une nouvelle société.

Vous êtes le facteur désintégrant, Messieurs, et c’est cela la calamité ; mais vous n’envoyez pas la tragédie.

Le monde, y compris l’Inde, est au bord d’un précipice, il brûle et se désintègre rapidement ; et l’homme qui se contente d’écouter un chef, s’habituant à des mots et demeurant un spectateur, contribue au désastre. Donc, si je puis le suggérer, ne commencez pas à vous habituer à ce que je dis. Et ne répétez pas ; je pense à nouveau, chaque fois que je réponds à une question. Si je ne faisais que répéter, ce serait effroyablement ennuyeux pour moi. Et comme je ne veux pas m’assommer avec des répétitions, je repense à neuf – et ainsi devez-vous faire, si vous avez la curiosité et l’intensité qu’il faut pour découvrir.

 

*

Qu’est-ce qui est impliqué dans cette question de réincarnation?

C’est un problème énorme et nous ne pouvons pas le régler en quelques minutes. En examinant cette question, regardons-la sans aucune déformation – ce qui ne veux pas dire avoir soi-disant l’esprit ouvert. Cela n’existe pas, un esprit ouvert : ce qu’il faut, c’est un esprit investigateur. Il nous faut, vous et moi, investiguer cette question. Or, lorsque nous poursuivons notre enquête, que cherchons-nous ?

Nous sommes à la recherche de la vérité, non selon votre croyance ou ma croyance, car, pour trouvez la vérité en ce qui concerne n’importe quelle affaire, je ne dois pas avoir de croyance. Je veux trouver la vérité ; donc j’enquête, je mets à nu tout ce qui se rapporte à  cette question, ne m’abritant derrière aucune forme de préjugé. C’est à dire que j’enquête honnêtement. Mon esprit est très honnête, en essayant de comprendre, donc je n me laisserais entraîner ni par la Bagage Gîta ni par la Bible, ni par mon gourou favori. Je veux savoir, et pour savoir, je dois avoir l’intensité qu’il faut pour poursuivre ma tâche ; et l’homme qui est attaché à une croyance, quelque longue que soit la corde qui l’attache, est retenu, par conséquent, ne peux pas explorer. Il ne peut explorer que dans le rayon de sa propre servitude et, par conséquent, ne trouvera jamais la vérité.

 

Donc quelle est la chose qui est impliquée dans la réincarnation ?

Quelle est la chose qui se réincarne ?

Vous comprenez ce que l’on entend par réincarnation : revenir maintes et maintes fois, sous des formes différentes, à différentes époques.

Quelle est cette qualité continue qui renaît ?

Il n’y a que deux possibilités : ou cette chose, appelée âme, le « je », est une entité spirituelle, ou elle n’est qu’un paquet de mes souvenirs, de mes caractéristiques, de mes tendances, de mes désirs inassouvis, de mes succès, etc. Nous sommes en train d’examiner le problème, nous ne prenons pas partie ; donc nous ne prenons la défense de rien.

L’homme qui est sur la défensive ne connaîtra jamais la vérité. Il trouvera ce qu’il est en train de protéger, e ce qu’il protège n’est plus la vérité, mais sa propre inclination, sa propre déformation, son propre préjugé.

Examinons maintenant ce que nous appelons l’entité spirituelle. L’entité spirituelle ne peut évidemment pas être créée par moi. Elle n’est pas le produit de mon esprit, de ma pensée, de ma projection.

L’entité spirituelle, si elle est spirituelle, ne peut pas être créée par moi.

Elle doit être autre que moi. Or, si elle est autre que moi, elle doit être intemporelle, elle doit être éternelle, elle doit être le réel, et ce qui le réel, ce qui est intemporel, ce qui est immesurable, ne peux pas évoluer, se développer. Cela ne peux pas revenir.

Si c’est au-delà des temps, c’est immortel,  et si c’est immortel, si c’est au-delà de moi, alors je n’ais aucun contrôle sur cela ; ce n’est pas dans le champ de ma conscience, donc je ne peux pas y appliquer ma pensée, je ne peux pas chercher à savoir si cela peut ou si cela ne peut pas se réincarner. Car, évidemment, je ne peux pas investiguer ce qui est au-delà de ma portée. Je ne peux faire de recherche qu’en ce que je connais, qui est ma propre projection : et si l’entité spirituelle que j’appelle Krisnamurti me transcende, elle est intemporelle, et je ne peux donc pas y appliquer ma pensée : et ce à quoi je ne peux pas penser n’a pas de réalité pour moi.

Puisqu’elle est intemporelle et immortelle et puisque c’est la mort, le temps, qui sont l’objet de ma pensée, je ne peux pas l’étudier. Et je n’ai donc pas à m’en préoccuper. Mais cela nous préoccupe. Ce qui nous préoccupe n’est pas la continuation d’une entité spirituelle, mais si le « je » continue, le « je » de tous les jours, avec mes oeuvres et mes échecs, mes frustrations, mon compte en banque, mes caractéristiques et idiosyncrasies, ma propriété, ma famille, mes croyances… tout cela continuer-t-il ?

C’est cela que nous voulons savoir, non si l’entité spirituelle continue, ce qui, ainsi que je l’ai montré, est une question absurde, car le réel, l’être intemporel, ne peut pas être connu par une personne qui est prise dans le filet du temps. Etant donné que la pensée est le processus du temps, que la pensée est fondée sur le passé, cela n’a aucun sens que la pensée spécule sur l’intemporel. C’est une évasion. Ce qui est le résultat du temps ne peux connaître que soi-même, ne peut investiguer qu’en soi-même.

Je veux savoir si le « je » continue.

Le « je » qui est un processus total, un processus psychologique et physiologique à la fois, qui est avec le corps et aussi distinct du corps

- je veux savoir si le « je » continue, si il entre en existence après que cette existence physique s’est terminée.

Or, qu’entendons-nous par continuité ?

Nous avons examiné plus ou moins ce que nous entendons par le « je » : mon nom, mes caractéristiques, mes frustrations, mes oeuvres -

vous savez, toutes les variétés de pensées et de sentiments à différents niveaux de la conscience. Nous savons cela, et alors, qu’entendons-nous par continuité ? Continuer, qu’est-ce que cela veux dire? Qu’est-ce que c’est, qui donne la continuité ? Qu’est-ce que c’est, qui dit : « je continuerai », ou  » je ne continuerai pas » ? Qu’est-ce que c’est qui s’accroche à la continuité, à la permanence, qui est sécurité ? Après tout je cherche la sécurité ici dans des possessions, dans des choses, dans la famille, dans les croyances ; et lorsque le corps meurt, la permanence des choses, la permanence de la famille a disparu, mais la permanence de l’idée continue.

Ainsi, c’est l’idée que nous voulons voir continuer. Nous voyons que la propriété va disparaître, qu’il n’y aura pas de famille ; mais nous voulons savoir si l’idée continue, si l’idée du « je », la pensée  » je suis » est continue. Je vous prie, il est important de voir la différence. Je sais que je serai incinéré, que le corps sera détruit. Je sais que je ne vous verrai pas, que je ne verrai pas ma famille ; mais est-ce que l’idée du « moi » continuera à exister ? L’idée du « moi » n’est-elle pas continue – la continuité signifiant devenir, se déplacer dans le temps, passer d’une période à une autre période, d’expérience en expérience ? C’est cela la vraie question que l’on se pose : si le « je », l’idée ou formulation du « moi » continuera. N’êtes-vous pas fatigués ? Très bien, Messieurs.

Donc, qu’est-ce que le « je » ? Nous avons investigué cela et vous savez ce que c’est.

Manifestement, la pensée s’identifie à une croyance, et cette croyance continue, comme une vague électrique. La pensée, identifiée à une croyance, a une continuité, a une substance ; cette pensée est nommée, reçoit une dénomination, elle reçoit une récognition en tant que « je », et ce « je », manifestement a un mouvement, il continue, il devient. Or, qu’arrive-t-il à une chose qui est continuelle, qui est en constant devenir ? Ce qui continue n’a aucun renouveau ; cela ne fait que se répéter sous différentes formes, mais cela n’a pas de renouveau. La pensée, identifiée à une idée, a une continuité en tant que « je », mais une chose qui continue est constamment en voie de décomposition, elle ne connaît ni naissance ni mort. En ce sens elle continue, mais la chose qui continue ne peut jamais se renouveler. Il n’y a de renouvellement que lorsqu’il y a une fin. Il est très important de découvrir et de comprendre cela.

Supposez, par exemple, que je sois tracassé par un problème que j’essaye de résoudre, et que je ne cesse de me tracasser. Qu’arrive-t-il ? Il n’y a pas de renouveau, n’est-ce pas ? Le problème continue jour après jour, une semaine après l’autre, d’année en année. Mais lorsque le tracas a cessé, il y a un renouveau et alors le problème a un sens différent. Ce n’est qu’en une fin qu’il y a un renouveau, ce n’est qu’en la mort qu’il y a une nouvelle naissance – ce qui veut dire mourir au jour qui passe, à l’instant qui passe. Mais lorsqu’il y a simplement le désir de continuer, par conséquent l’identification à une croyance, ou à une mémoire, qui est le « je », dans une telle continuité il n’y a pas de renouveau, c’est un fait bien évident.  Un homme qui a un problème, qui est continuellement tracassé pendant des années, est mort, pour lui, pas de renouveau ; il appartient aux morts vivant, il ne fait que continuer. Mais dès l’instant que le problème prend fin, il y a un renouvellement. De même, où il y a une fin il y a une nouvelle naissance, il y a création ; mais où il y a continuité, il n’y a pas de création. Messieurs, voyez la beauté, la vérité du fait qu’en une fin il y a l’amour. L’amour est de moment en moment, il n’est pas continu, il n’est pas à répétition. C’est sa grandeur, sa vérité. L’homme qui recherche la continuité la trouvera évidemment, parcequ’ il s’identifie à une idée, et l’idée ou la mémoire continue ; mais dans une continuité il n’y a pas de renouveau. Ce n’est qu’en une mort, en une fin,  qu’il y a un renouveau, non une continuité.

 

*

 

Et vous direz maintenant que je n’ai pas répondu à la question : « Y a-t-il ou non réincarnation ? »

J’y ai certainement répondu. Monsieur, les problèmes de la vie ne sont pas des « oui » ou des « non » catégoriques.

La vie est si vaste. Ce n’est que la personne frivole qui cherche une réponse catégorique. Mais en analysant cette question, nous avons découvert un grand nombre de chose.

Il y a de la beauté dans une fin, il n’y a de renouvellement, de création, de commencement qu’en la mort, qu’en mourant chaque minute – ce qui veut dire ne pas stocker, ne pas entasser physiquement ou psychologiquement – Ainsi la vie et la mort sont un, et l’homme qui sait qu’elles sont un, meurt chaque minutes.

Ceci veut dire ne pas nommer, ne pas permettre à l’enregistreur de faire tourner encore et encore son disque, qui est sa conscience particulière.

L’immortalité n’est pas la continuation d’une idée, qui est le « je ».

L’immortalité est ce qui, mourant constamment, constamment se renouvelle

 

Jiddu Krishnamurti – 4 – Les réunions de Saanen

 

 Saanen (Suisse) - http://nataliedarbeloff.com

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Pendant de nombreuses années Krishnamurti a parlé chaque été  à Saanen.

Quelle était l’ambiance de ces causeries ?

 

 

Sous la tente polyédrique qui finalement est seule habilitées en ce lieu à recevoir le millier de personnes qui défile chaque été, se pressent des visages de toutes sortes ; des pâles secrètement extasiés, des moins pâles que les lieux environnants rendent moins attachés à l’événement que constitue la parole du « maître ». A vrai dire, on comprend mal ce qui unit les gens sérieux de la société théosophique, les dames pleines de vertiges et les jeunes curieux de passage, les problèmes micro – psychologiques des riches vieillards et les petites questions des pauvres gens. On ne comprend pas davantage pourquoi tout cela se passe ici, bien près de Gstaad, station réputée depuis le début du siècle, petit amas de passions luxueuses qui survivent mal à la démocratisation du site.

Ici, c’est aussi la Suisse, l’ombre de l’argent et de la bienveillante neutralité. On a beau se dire que l’ai est pur, que l’altitude des onze cents mètres est à peu près l’idéal qu’exige la santé devenue fragile de Krishnamurti, on arrive difficilement à se faire, de ces arguments fragiles, de quoi se raccrocher à l’image un peu désincarnée et pleine d’une aura de sérénité, qui ne manque pas d’accompagner l’écho de sa parole.

 

 

Il y a les petits problèmes, les cabinets, les trous dans la toile, les questions idiotes, la fatigue, les vieux contre les jeunes, les jeunes contre les vieux, les pieuses attentes trop mêlées aux questions agressives, les fausses discussions qui finissent en faux prêches et la vraie absence d’un auditoire à demi – présent, les riches qui habitent trop bien pour écouter, et les pauvres, trop mal.

 

 

Il y à toute cette chasse aux moustiques, en fait il s’agit de taons très sévères que l’imagination helvétique conjura par un feu de broussailles, enfin je parle des moustiques spirituels, engendrés par les croisements quotidiens des campeurs et de sérieux disciples venus avec l’époque de l’ « Ordre de l’Etoile d’Orient ». Il y a les petites rancoeurs des courtisans, les grands  combats de Don Quichote, et la terrible sottise des sujets à la mode, et démodés. « Dois-je porter des bijoux ? », « Comment résolvez-vous le problème sexuel ? » etc, etc.

 

 

La misère en tout cas, sous des formes diverses, venue tranquillement à lui, en petits paquets de curieux, des « révolutionnaires », d’idolâtres. Misère de la vie quotidienne, de l’absence, de l’oubli.

C’est une chose.

Lorsque Robert Linssen, à qui l’on ne peut rien apprendre, ici au moins, sur le Zen, le Ch’an ou le Vedenta, a découvert Gstaad et songe à proposer le site à Krishnamurti, il est cependant question d’autre chose, quelque chose qui fera plus tard souhaiter au maître d’en faire un promontoire définitif, au moins jusqu’à sa mort. Rien de très mystérieux en vérité, mais une combinaison d’éléments simples attelés à un projet précis. La montagne, et ce qu’elle supporte d’une certaine recherche, la bienveillance du contexte, voire la situation géographique sans ambiguïté, on suffit à écarter ce qui pouvait en ternir l’acheminement.

 

Jiddu Krishnamurti à Saanen

 

Tout se passe un peu comme si, ayant jugé suffisante l’énergie dépensée jusque là, moins à semer un évangile qu’à laisser entendre une disponibilité, et entrevoir des possibles simples et merveilleux. Krishnamurti avait décidé de venir ici écouter davantage le silence et les questions des hommes. Se récrier du décalage entre la sereine parole et l’impromptu plus ou moins innocent des chercheurs de solutions hâtives paraît même déplacé.

Ce qui se passe en réalité dans les entretiens de Saanen est double : d’une part, il y a l’abondance naïves des misères angoissées, manifestées parfois sous forme de questions pointues, ainsi que l’adoration inconditionnelle  privée définitivement d’entendre : C’est le témoignage d’une agonie collective qui ne laisse pas sensible celui qui a consacré sa  vie à tenter d’y semer une lumière. ; il engendre une fatigue qui s’arme bientôt de patience et de douceur, parfois de tendresse et aussi l’effort inépuisable d’une fécondation fondée le plus simplement du monde sur le renvoi aux simples fondements : Sois celui que tues, connais-toi, dépasse-toi. D’autre part il y a la relève d’une complicité dans la recherche authentique, plus rare, mais qui soulève la parole du maître, la fait glisser et rebondir comme au gré des proches montagnes. Et enlève sa reconnaissance car, dit-il, il est aussi là pour apprendre.

 

 

En 1950, à la Salle Pleyel, Krishnamuti tenait encore des propos vagues ; les conférences d’Oakland en 1934 lui donnait comme l’autonomie de son expression, à Ommen en 1936 les contours de la « mutation psychologie » se précisaient, mais ce n’est qu’après la guerre que la tactique presque farouche du dénuement de l’esprit prend pied, qui se donnent les moyens de déloger la certitude, le sommeil, au-delà des contradictions.

 

 

Un peu partout soutenue, elle engendre une petite armée qui la propage et l’assume de façon plus ou moins autonome ; il reste alors à Krishnamurti à écouter le monde. On vient avec lui le faire à Saanen. Et l’on écoute, ce faisant, celui qui tente presque naturellement d’être les mots qu’il prononce.

 

 

Et que se passerait-il si l’on tentait de voir le phénomène en oubliant volontairement ce qui en est l’objet, la présence de Krishnamurti, lui-même ? Comment comprendre autrement que par l’existence d’une parole doublée d’une question, la présence de ce millier annuel qui se range chaque matin de l’été pour deux heures environ, avec l’idée, qu’il se passe ici quelque chose de mêlé de l’Orient et de l’Occident, des profondeurs de l’être et de la conquête matérielle ? Comment interpréter cette quête diverse dans sa singularité ?

 

 

Comme la pensée de Krishnamurti rappelle une psychologie des niveaux dans laquelle on observerait un mouvement incessant de passage d’une crise à un niveau plus profond, prémice d’une autre vision du monde., on peut saisir les différents niveaux de la quête : De celui-ci, qui, se voulant préservé dans son ignorance, cherche à combler le casier vide de sa machine à survivre, à celui-là qui ponctue d’un silence médité, la gamme des contradicteurs et des contredits : Sauver la religion en abandonnant la politique , la vengeance en abandonnant la domination…

Ces gens on parfois des yeux étonnés qu’on ne vit pas autrefois chez ceux qui disaient reconnaître une divine incarnation. Des hommes et des femmes à qui il n’a que deux ou trois choses à dire.

Un regard, dirait René Fouéré ; et encore quelques autres, dans l’air frais de Saanen.

 

(Henri Villard, extrait de la revue Planète plus, 19 Décembre 1970)

 

 

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