LECOMTE DE LISLE Charles Marie René (Poète français – 22.10.1818 / 18.07.1894)

Charles Lecomte de Lisle (1818-1894)

 

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Lecomte de Lisle Charles Marie René

Poète français, né dans l’île de la Réunion à Saint Paul le 22 octobre 1818, mort au hameau de Voisins, près de Louveciennes, le 18 juillet 1894. Issu d’une famille d’origine bretonne, parent de Parny par sa mère, son enfance sévère le destinait déjà à la révolte et au pessimisme.

Son père, qui était chirurgien militaire à la Réunion, voulant faire de lui un commerçant, le fit voyager : il alla aux Indes, parcourut les îles de la Sonde, mais rentré chez lui sans aucun goût pour le commerce il partit pour la France et alla s’installer à Rennes.

Les journaux bretons accueillirent ses premiers vers. Après plusieurs voyages dans son île natale, on le retrouve à Paris vers 1846, converti à l’utopie fouriériste [François Marie Charles Fourier a commencé par proposer l’utopie d’un ordre social où toutes les passions humaines trouveraient leur place légitime, leur satisfaction absolue tournant au bien général (Théorie des quatre mouvements et des destinées générales -1808)], et publiant dans La Phalange, la revue du « groupe-fouriériste », des poèmes qui commencent de le signaler aux jeunes littérateurs.

En 1848, Lecomte de Lisle témoigne d’un républicanisme ardent et fougueux ; il devient agent électoral en Bretagne, publie une lettre manifeste en faveur de l’abolition de l’esclavage, qui a pour résultat, entre autre, de le brouiller avec sa famille, d’interrompre les subsides qu’il recevait de la Réunion, et de le réduire à la misère. La démocratie, d’autre part, ne tarde pas à le décevoir : de sa foi sociale, il ne garde dès qu’une vive rancœur contre Dieu et les hommes, et il va chercher refuge dans la poésie.Dès avant la révolution de 1848, avec ses amis Théodore de Banville, Thalès Bernard et surtout Louis Ménard, il s’était passionné pour l’étude de l’Antiquité. Sa connaissance approfondie du grec lui permettra d’entretenir une longue série de traductions, discutée et discutables, en particulier de l’Illiade, de L’Odyssée, d’Eschyle, Sophocle, Euripide, Hésiode.

Lecomte de Lisle y cherchait le pittoresque : pour Clytemnestre, par exemple, il écrivait : Kllitaïmnestra, et ces transcriptions littérales et sonores donnaient prise au ridicule. Mais elles ne trahissaient pas les œuvres anciennes, et le poète leur dut certainement une grande part de sa renommée.

Mais à la Grèce, après ses désillusions politiques, Lecomte de Lisle va demander surtout son inspiration de poète : les mythes antiques remplacent pour lui les chimères sociales. Il les étudie avec une curiosité de savant, d’archéologue, mais encore en tant que figures accomplies de la destinée humaine. Sens historique et inquiétude métaphysique, tels sont, en effet, les deux traits de sa poésie : il aura donc le souci de l’exactitude dans le détail de la couleur locale ; il forcera l’alexandrin français à des sonorités barbares, mais, en même temps, il s’interrogera gravement sur la signification générale des mondes anciens.

Son premier recueil, les « Poèmes antiques », paraît en 1852, avec une préface qui souleva des polémiques : l’auteur n’annonçait-il pas en effet l’agonie du romantisme ?

Dix ans plus tard paraissaient les « Poèmes barbares » (1862) : l’auteur utilisait les livres religieux de l’Inde, des Juifs, de l’Egypte, des Germains primitifs et faisait revivre ces civilisations perdues à l’occasion de quelques épisodes caractéristiques et colorés de leur histoire.

Lecomte de Lisle suivait un mouvement puissant de son temps, et bénéficiait de toutes les recherches, menées pendant la monarchie de juillet et le Second Empire sur les civilisations orientales. Son art exigeant s’imposait aux jeunes poètes et une petite, mais brillante école commençait à se grouper autour de lui avec Catulle Mendès, Sully Prudhomme, François Coppée, José Maria de Heredia, Paule Verlaine, Villiers de l’Isle-Adam, Stéphane Mallarmé.La situation personnelle du poète n’en restait pas moins difficile et, en 1866, au moment de la fondation de la revue le « Parnasse Contemporain », Lecomte de Lisle n’avait pas encore atteint le grand public.
C’est du lendemain de la guerre de 1870 que date sa célébrité qui, pour les nouvelles générations, éclipsa même celle de Victor Hugo.
En 1872, il abordait le théâtre avec une tragédie éschyléenne, « Les Erinnyes », qui fut créée au Théâtre de l’Odéon à Paris le 6 janvier 1873.

En 1884, il publiait ses « Poèmes tragiques ».

A la mort de Victor Hugo, et à la demande expresse de ce dernier, qui dès 1852, avait protégé l’auteur des « Poèmes antiques »,

Lecomte de Lisle est élu à l’Académie Française, au fauteuil de grand aîné ; il y est reçu le 31 mars 1886 par Alexandre Dumas fils.L’amour du beau comme seul remède au désenchantement de la vie : tel fur son message, mais, convaincu de l’absurdité de toutes choses, Lecomte de Lisle ne considérait l’Histoire que comme un majestueux spectacle.

Aux religions et aux civilisations passées, à la nature, il ne demandait que des formes belles. Comme pour Alfred de Vigny, son sentiment instinctif est de révolte contre un monde et un Dieu mauvais ; mais une grande curiosité critique et esthétique vient lui rendre la sérénité.

Se résignant à ne pouvoir pénétrer le secret des choses, il n’admet qu’une passion, celle de la Beauté formelle. N’est-elle pas aussi souvent conventionnelle ?

Ses grands poèmes sont taillés dans un marbre rigide et froid, et il faut bien souscrire au jugement de Marcel Arland : Lecomte de Lisle eut « plutôt qu’une naïve et vraie grandeur, le désir et le décor de la candeur ».

Personnellement je rajouterai : « Jusqu’à ce que quelqu’un, relisant et étudiant à nouveau son œuvre, en détache d’autres substances qui rendront à ce poète, conscient de l’époque dans laquelle il vivait, toute la dimension profonde et exprimée (mais perçue à contrario) parce que sa vision ne peut être raccourcit ainsi, lui qui se dimensionnait et dimensionnait son temps dans tous ses vers. Il faut chercher souvent, pour comprendre, au-delà de l’être et de la nourriture du temps !

Charles Baudelaire écrit de lui :
 

« Je cherche à définir la place que tient dans notre siècle ce poète tranquille et vigoureux, l’un de nos plus cher et de nos plus précieux. Le caractère distinctif de sa poésie est un sentiment d’aristocratie intellectuelle, qui suffirait, à lui seul, pour expliquer l’impopularité de l’auteur… »

Ferdinand Brunetière (Critique littéraire français 1849-1906) s’exprimait ainsi :
 

« Si l’on veut se faire une juste idée de l’œuvre de Lecomte de Lisle… il faut y voire avant, comme dans l’œuvre de Gustave Flaubert, une protestation contre le romantisme. »

‘ 

Quant à lui, Emile Verhaeren précise :
 

« Lecomte de Lisle se construisit un temple solennel et rectiligne. Angles lourds, blocs énormes. Ses poèmes s’en échappent comme des oracles. Ses monologues sont des vaticinations lentes, pondérées, superbes ».

[Références diverses pour cet article:
-Jean Aicard, Lecomte de Lisle, Paris, 1887

-Jean Dornis, Lecomte de Lisle intime, Paris, 1895

-Fernand Calmette, Un demi-siècle littéraire, Lecomte de Lisle et ses amis, Paris, 1902

-Désiré Toupance, Lecomte de Lisle, esquisse d’une biographie intellectuelle, Paris, 1916

-Marcel Coulon, Anatomie littéraire…l’Actualité de Lecomte de Lisle, Paris, 1921

-Irving Henry Brown, Lecomte de Lisle, New York, 1924

-Pierre Flottes, Le Poète Lecomte de Lisle, Paris, 1929

-Alexandre Embiricos, Lecomte de Lisle, Thonon-les-Bains, 1941

-Alison Fairlie, Lecomte de Lisle poem’s on the barbarian noces, Cambridge, 1947

-Pierre Jobit, Lecomte de Lisle et le Mirage de l’île natale, Paris, 1951

-Irving Putter, Lecomte de Lisle and his contemporaries, Berkeley, 1951 - et The Pessimism of Lecomte de Lisle, sources and evolution, Berkeley, 1954.

-Joseph Vianey, les”Poèmes barbares” de Lecomte de Lisle, Paris, 1955.

-Laffont - Bompiani, Dictionnaire des Auteurs de tous les temps et de tous les pays, Tome III (Lac-Py),Editions Robert Laffont, Collection Bouquins dirigée par Guy Schoeller, publié avec le concours de Centre National des Lettres, 1952-1980, ISBN : 2-22-5174-8 ]

DERNIERE VISION

Tout ! tout a disparu, sans échos et sans traces,
Avec le souvenir du monde jeune et beau.
Les siècles ont scellé dans le même tombeau
L’illusion divine et la rumeur des races.

Ô soleil ! vieil ami des antiques chanteurs,
Père des bois, des blés, des fleurs et des rosées,
Éteins donc brusquement tes flammes épuisées,
Comme un feu de berger perdu sur les hauteurs.

Que tardes-tu ? La terre est desséchée et morte:
Fais comme elle, va, meurs ! Pourquoi survivre encor ?
Les globes détachés de ta ceinture d’or
Volent, poussière éparse, au vent qui les emporte.

Et, d’heure en heure aussi, vous vous engloutirez,
Ô tourbillonnements d’étoiles éperdues,
Dans l’incommensurable effroi des étendues,
Dans les gouffres muets et noirs des cieux sacrés !

Et ce sera la Nuit aveugle, la grande Ombre
Informe, dans son vide et sa stérilité,
L’abîme pacifique où gît la vanité
De ce qui fut le temps et l’espace et le nombre.

Charles Lecomte de Lisle

Citations à propos de la mort – 4 – Charles Baudelaire (Poète, Critique d’art, Essayiste, Traducteur français – 09 avril 1821 – 31 août 1867)

Charles Baudelaire (Poète, Critique d’art, Essayiste,  Traducteur français)

*

La Mort, que nous ne consultons pas sur nos projets et à qui nous ne pouvons pas demander son acquiescement, la Mort, qui nous laisse rêver de bonheur et de renommée et qui ne dit ni oui ni non, sort brusquement de son embuscade, et balaye d’un coup d’aile nos plans, nos rêves et les architectures idéales où nous abritions en pensée la gloire de nos derniers jours !

[Les paradis artificiels, 1860, conclusion, Editions 10/18, page 186]

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