Page d’exuvie quotidienne

Radiance femme

 

 

Page d’Exuvie quotidienne

 

 

Dans les pages cornées du livre de tes rêves,

J’ai puisé l’encre ailée aux crues bleues de ta grève.

J’ai nagé dans tes jubilations sous-marines

Abritant les rayons d’un soleil mandarine.

 

Tous mes jours de pluie drue sont un bonheur du monde,

Ces radiances de toi nées des flammes de l’onde

Gonflent mon cœur, mon âme, d’une allégresse sage ;

Les mots de la joie pure inondent nos partages.

 

Ce sont les « regards-feu » au levant des sourires

Qui font chanter l’intime, l’être en point de mire,

Tes paupières qui s’entrouvrent au tout premier bonjour,

Tes doigts fleurant ma lèvre en un baiser d’amour.

 

Entend l’aube levant l’enfant au saut du rêve,

Son premier soupir né de la nuit qui s’achève, 

Ces frôlements qui meublent dans un dernier sursaut

L’heure creuse en fuite abandonnant là ses vassaux.

 

 

Au frémissement doux du miracle de vie,

D’Amour est la pensée, première science obvie ;

Le souffle en reliance exhume des silences

L’esprit du jour qui nait en humaine existence

 

 

 

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Recette simple de  » l’ Oeuf-au-riz  » à la joie

Euphorie

Il y a quatre pensées illimitées : l’amour, la compassion, la joie et l’égalité d’âme.

 

Bouddha

 

 

L’arbre de la tristesse, ne le plante pas dans ton coeur. Relis chaque matin le livre de la joie.

 

Omar Khayyâm

 

 

La joie est le passage de l’homme d’une moindre à une plus grande perfection.

 

Baruch Spinoza

***

 

 

Recette simple de  » l’ Oeuf-au-riz  » à la joie

 

 

 

Au début il nous faut un ustensile terrien,

Une enveloppe charnelle bien dans sa tête,

Ou l’ersatz d’un esprit très baudelairien

Peuplé par la pensée d’un enfant dans sa quête,

De celui qui observe et vit son présent tout contre,

Qui écrit son temps bleu à l’encre de ses rencontres.

 

 

L’ensuite est saupoudré de mimiques ailées,

De jeux de mots d’ange, des jeux de mots d’esprit,

De ces jeux de mots tôt, de ces jeux de mots tard ;

D’un peu d’éclats de rien qui saisit l’être triste,

Et d’un regard aimant qui vit l’avis de tous.

Le plat choisi est là, tapissant l’éclat de rire.

 

 

Mettre le tout au four de son coeur préchauffé,

Laisser cuire son vague à l’âme. A terme, aux stats,

S ur fréqence animé par le destin qui passe,

Sur fréquence animé d’intention de bonne heure,

L’envie de faire rire amène  » l’oeuf-au-riz »

Sur la table de la vie dressée pour le partage.

 

 

Et l’on savoure alors cette jubilation

Qui monte en nous pour qu’on ne s’appartienne plus,

Libérées les sombres pensées de l’être au noir

Lié aux quotidiens subis, et c’est léger,

Bref, passager, libératoire, euphorisant,

Un moment suspendu aux lèvres du temps.

 

 

Ainsi, « l’oeuf-au-riz » cuite fait dresser la joie

Issue des émotions qui explosent enfin,

Comme un feu d’artifice aux couleurs exultantes,

Comme un fourmillement qui balaye le spleen,

Tel un frémissement d’amour parcourant

L’onde épanouissante de l’être intérieur

Qui, bien que dans le monde se dirige vers Dieu.

 

 

 

 

 

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Symbolisme et chiffre : le nombre Neuf – 9

 

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Dans les écrits homériques, le nombre neuf à une valeur rituelle. Déméter parcourt le monde pendant neuf jours à la recherche de sa fille Perséphone ; Letô souffre pendant neuf jours et neuf nuits les douleurs de l’enfantement ; les neuf Muses sont nées de Zeus, lors de neuf nuits d’amour. Neuf semble être la mesure des gestations, des recherches fructueuses et symbolise le couronnement des efforts, l’achèvement d’une création.

 

Clio-Thalie-Erato-Euterpe-Polhymnie-Calliope-Terpsichore-Uranie-Melpomène

 

Les Anges, selon le Pseudo-Denys l’Aéropagite, sont hiérarchisés en neuf chœurs, ou trois triade : la perfection de la perfection, l’ordre dans l’ordre, l’unité dans l’unité.

 

Chaque monde st symbolisé par un triangle, un chiffre ternaire : le ciel, la terre, les enfers. Neuf est la totalité des trois mondes.

 

Neuf est un des nombres de la sphère céleste. Il est encore, symétriquement, celui  des cercles infernaux. C’est la raison des neuf nœuds du bambou taoïste, des neuf (ou des sept) encoches du bouleau axial sibérien. C’est la raison aussi des neuf degré du trône impérial chinois, et des neufs portes qui le séparent du monde extérieur, car le microcosme est à l’image du Ciel. Aux neuf Cieux s’opposent les neuf Sources, qui sont le séjour des morts.

Les cieux bouddhiques sont neuf également, mais, selon Houai-nan tseu, le ciel chinois a neuf plaines et 9999 coins.

Le nombre neuf est à la base de la plupart des cérémonies taoïstes du temps des Han.

Neuf est le nombre de la plénitude : 9 est le nombre du yang. C’est pourquoi les chaudrons de Yu sont neuf et- pourquoi le cinabre alchimique ne devient potable qu’à la neuvième transmutation.

 

 

Neuf est aussi la mesure de l’espace chinois : nombre carré du lo-cho, nombre des régions dont les neufs pasteurs apportèrent le métal pour la fonte des neufs chaudrons. Ultérieurement la Chine comptait 18 provinces, soit deux fois neuf ; mais selon Sseuma ts’ien , elle occupait 1/81 du monde. Dans le mythe de Houang-ti, Tch’eyeou n’est pas un, mais 81  (ou 72), ce qui exprime la totalité d’une confrérie. Et ce n’est pas par hasard si le Tao-te king compte 81 chapitres (9×9).

 

Si neuf est chez Dante comme partout ailleurs le nombre du Ciel, il est aussi celui de Béatrice, laquelle est elle-même un symbole de l’Amour. (Marcel Granet, la pensée chinoise, Paris, 1934 – René Guénon, l’ésotérisme de Dante, Paris, 1925).

 

Selon l’ésotérisme islamique, descendre neuf marches sans chute signifie avoir dompté les neuf sens. C’est également le nombre qui, correspondant aux neuf ouvertures de l’homme, symbolise pour lui les voies de communication avec le monde.

 

Chez les Aztèques, le roi Tecoco, Nezahualcoyotl, construisit un temple de neuf étages, comme les neuf cieux, ou les neuf étapes que devait parcourir l’âme pour gagner le repos éternel. Il était dédié au Dieu inconnu et créateur de toutes choses, celui du voisinage immédiat, celui par qui nous vivons. (Mythologies des Montagnes, des Forêts et des Iles, (p.187) sous la direction de P. Grimal, Paris, 1963).

Dans la mythologie mezo-américaine, le chiffre neuf symbolise les neuf cieux, sur lesquels gravite le soleil. D’autre part, neuf est également le chiffre sacré de la déesse lune : dans la glyptique maya, Bolon Tiku, Déesse Neuf, est la déesse de la pleine lune. (Raphaël Girard, Le Popol-Vuh, Histoire culturelle des Maya-Quiché, (p.309) Paris, 1954).

Neuf, pour les aztèques, est spécifiquement le chiffre symbolique des choses terrestres et nocturnes ; l’enfer est fait de neuf plaines et le panthéon aztèque compte neuf divinités nocturnes, gouvernées par le dieu des enfers, qui se situe, dans leur liste, au cinquième rang, donc au milieu des huit autres.. Dans la plupart des cosmogonies indiennes, il existe également neuf mondes souterrains. Chez les Mayas, le nombre neuf, considéré au contraire comme faste, est particulièrement important en magie et en médecine (Eric S. Thompson J., Maya Hieroglyphic writing, University of Oklahoma, nouvelle édition, 1960).

La divinité du 9° jour est le serpent, qui commande aussi le treizième jour. Mais dans la croyance populaire aztèque, neuf, étant lié aux divinités de la nuit, de l’enfer et de la mort, est un nombre redouté.

 

Le nombre neuf joue un rôle éminent, tant dans la mythologie que dans les rites chamaniques des peuples turco-mongols. A la division du ciel en neuf couches s’associe souvent la croyance aux neuf fils ou serviteurs de Dieu qui, selon Gonzarov correspondraient à neuf étoiles adorées par les Mongols, les Tchouvaches de la Volga, qui classent leurs dieux par groupes de neuf, observant des rites sacrificiels, comprenant souvent neuf sacrificateurs, neuf victimes, neuf coupes, etc. Les Tchérémisses païens offrent au Dieu du Ciel neuf pains et neuf coupes d’hydromel. Les Yakoutes placent également neuf coupes sur leurs autels de sacrifice ; à titre de comparaisons mentionnons que, selon Masmoudi, les Sabéens Syriens organisèrent leur clergé d’après les neuf cercles célestes (Uno Harva, Les représentations religieuses des peuples altaïques, traduit de l’allemand par Jean-Louis Perret, (p.117-118) Paris, 1959).

 

Selon René Allendy  (Dr.René Allendy, Le Symbolisme des Nombres, (p.256, s.) Paris, 1948) le nombre neuf apparaît comme le nombre complet de l’analyse totale. Il est le symbole de la multiplicité faisant retour à l’unité et, par extension, celui de la solidarité cosmique et de la rédemption.

Tout nombre, quel qu’il soit, dit Avicenne, n’est autre que le nombre neuf ou son multiple, plus un excédent, car les signes des nombres n’ont que neuf caractères et valeurs avec le zéro.

Les Egyptiens nommaient le nombre neuf la Montagne du Soleil : la grande neuvaine était faite de l’évolution dans les trois mondes, divin, naturel et intellectuel, de l’archétype trinitaire Osiris-Isis-Horus, représentant l’Essence, la Substance et la Vie.

Pour les platoniciens d’Alexandrie, la Trinité divine primordiale se subdivisait également par trois, formant les neuf principes. C’est volontairement, ajoute Allendy, que l’architecture chrétienne a cherché à exprimer le nombre neuf : ainsi le sanctuaire de Paray-le-Monial est-il éclairé par neuf fenêtres.

 

On retrouve neuf principes universels dans les enseignements de la plus ancienne secte philosophique de l’Inde, les Vaïses-hica.

L’initiation orphique aurait de même admis trois ternaires de principes, le premier comprenait la Nuit, le Ciel, le Temps ; le second, l’Ether, la Lumière, les Astres ; le troisième, le Soleil, la Lune, la Nature ; ces principes constituaient les neuf aspects symboliques de l’Univers. Le nombre neuf, dit Parménide, concerne les choses absolues.

Les neuf  muses représentent, par les sciences et les arts, la somme des connaissances humaines.

Liturgiquement, la neuvaine représente l’achèvement, le temps complet. Elle existait dans le culte mazdéen, on le retrouve dans le Zend-Advesta, où de nombreux rites purificatoires sont formés d’une triple répétition ternaire : ainsi les vêtements d’un mort doivent être lavés neuf fois dont trois fois avec de l’urine, trois fois avec de la terre et trois fois avec de l’eau. Cette triple répétition ternaire se retrouve dans de nombreux rites de magie et de sorcellerie.

 

Trois étant le nombre novateur, son carré représente l’universalité. Il est significatif que tant de contes, de toute origine, expriment l’infini, le surnombre, par la répétition du neuf, tels les 999.999 Fravashis des anciens Iraniens : ils gardaient la semence de Zoroastre, dont devaient naître tous les prophètes.

L’Ouroboros, le serpent qui se mord la queue, image du retour du multiple à l’Un, et donc de l’Unicité primordiale et finale, est graphiquement apparenté à la reproduction du nombre neuf

Dans de multiples alphabets : tibétain, persan, hiératique, arménien, égyptien, etc.

Mystiquement cette acception du neuf l’apparente au Hak des Soufis, suprême étape de la Voie, béatitude conduisant au fana : l’annihilation de l’individu dans la totalité retrouvée ; ou, comme dit Allendy, la perte de la personnalité dans l’amour universel.

La tradition indienne précise cette acception rédemptrice du symbole Neuf, avec les neuf incarnations successives de Vishnu, qui, chaque fois, se sacrifie au salut des hommes. De même, selon les Evangiles, Jésus crucifié à la troisième heure, commence son agonie à la sixième heure (crépuscule) et expire à la neuvième.

Loui-Claude de Saint-Martin voyait dans le neuf, l’anéantissement de tout corps et de la vertu de tout corps

Les Francs-Maçons, conclue Allendy, en ont fait le nombre éternel de l’immortalité humaine et neuf maître retrouvèrent le corps et le tombeau d’Hiram. Suivant la symbolique maçonnique le nombre 9 représente aussi, dans son graphisme, une germination vers le bas, donc matérielle ; tandis que le chiffre 6 représente au contraire une germination vers le haut, donc spirituelle. Ces deux nombres sont le début d’une spirale. Dans l’ordre humain, le nombre neuf est  (en effet) celui des mots nécessaires à l’achèvement du fœtus, qui est néanmoins complètement formé dès le septième mois. (On peut observer aussi que le nombre 6 est celui de l’achèvement de la création, qui culmine le sixième jour avec l’apparition de l’homme). (Jules Boucher, La symbolique maçonnique, 2ème édition, (p.227), Paris 1953).

 

Le nombre neuf intervient fréquemment dans l’image du monde décrite dans la Théogonie d’Hésiode. Neuf jours et neuf nuits sont la mesure du temps qui sépare le ciel de la terre et celle-ci de l’enfer : une enclume d’airain tomberait du ciel durant neuf jours et neufs nuits, avant d’atteindre le dixième jour, à la terre ; et, de même, une enclume d’airain tomberait de la terre durant neuf jours et neuf nuits, avant d’atteindre, le dixième jour, au Tartare (Hésiode, Théogonie, les Travaux et les Jours, le Bouclier, traduit par Paul. Mazon, (v.720-725), Paris, 1928). De même la punition des dieux parjures consiste-t-elle à demeurer neuf années pleines loin de l’Olympe, où siège le conseil et se tient le banquet des divinités (ibid.60-61).

 

Neuf, étant le dernier de la série des chiffres, annonce à la fois une fin et un recommencement, c’est-à-dire une transposition sur un nouveau plan. On retrouverait ici l’idée de nouvelle naissance et de germination, en même temps que celle de mort ; idées dont a été signalée l’existence dans plusieurs cultures à propos des valeurs symboliques se ce nombre. Dernier des nombres de l’univers manifesté. Il ouvre la phase des transmutations. Il exprime la fin d’un cycle, l’achèvement d’une course, la fermeture de la boucle.

 

C’est en ce sens que l’on peut interpréter le titre et la répartition de l’œuvre de Plotin, tels qu’ils furent transmis par ses disciples, et notamment par Porphyre, sous une influence pythagoricienne : Ennéades (ensemble de neuf). C’est un ensemble de 54 petits traités, assez arbitrairement découpés, mais correspondant au produit de 6×9 ; deux nombres qui sont chacun multiples de trois et renforcent la symbolique du trois. Porphyre s’en émerveille : j’eus la joie de trouver le produit du nombre parfait six par le nombre neuf. Cette structure numérologique tend à symboliser la vision totale, cosmique, humaine, théologique, depuis l’origine jusqu’à l’eschatologie du monde, que représente l’enseignement du maître. Après l’émanation de l’Un et le retour à l’Un, la boucle de l’univers s’achève. Les Ennéades constituent par leur seul titre, le manifeste global d’une école et d’une vision du monde.

 

 

 

 

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[En plus des Sources multiples citées, il convient de noter /

Dictionnaire des Symboles – Mythes, Rêves, Coutumes, Gestes, Formes, Figures, Couleurs, Nombres. – Par Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, édité chez Robert Laffont / Jupiter dans la collection Bouquins

ISBN : 2.221.50319.8

1982, pour l’édition revue et corrigée.]

 

Nicanor Zabaleta – Concerto pour Harpe de Georg Friedrich Haendel (1er mouvement : Adagio, allegro)-5’41- sur Diaporama de Toiles du peintre Henri Matisse

http://www.dailymotion.com/video/6n94LYeBwyFyN5yOe

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Henri Matisse (1869 - 1954)

Henri Matisse, peintre français né en 1869 est décédé en 1954 à Nice. Il fait d’abord des études de droit et devient clerc d’avoué à Saint-Quentin. 

En 1890, sa vocation pour l’art s’ éveille à la lecture du Traité de peinture de Goupil. iL vient travailler à Paris à l’académie Julian, puis à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts, dans l’atelier de Gustave Moreau. Il y a pour condisciples Rouault, Camoin, Marquet, et rencontre Dufy et Friesz, élèves de l’atelier Bonnat 

Suivant les conseils libéraux du maître, Matisse dessine sur nature et fait de nombreuses copies au Louvre. Son art est alors traditionnel (Le Tisserand breton, 1896, musée national D’Art moderne). Il expose à la Société nationale des beaux-arts (la Desserte, 1898). 

Puis sous l’influence de Pissaro, il évolue vers l’impressionnisme, dans ses paysages de Belle-Île, de Corse, de Côte d’Azur, qui toutefois exaltent les tons et affirment les formes. 

Il étudie la figure chez Carrière, s’essaie à la sculpture (1900), et pratique passagèrement le divisionnisme. L’influence de Cézanne  devient manifeste dans quelques figures (Modèles à l’atelier, 1900.) Sa personnalité s’affirme définitivement dans la manière fauve : le jeune Marin à la casquette ; Luxe, calme et volupté (1905). 

Il simplifie la nature, supprimant les passages et les valeurs, traduisant par des nappes de couleurs le ton, la forme de l’objet, l’espace. L’arabesque et le rythme deviennent prédominants  : les Tapis rouges (musée de Grenoble). 

Deux voyages au Maroc (1911-1913) et l’attrait du cubisme l’incitent à de nouvelles simplifications : les Trois soeurs (Collection Walter), la Danse et la Musique (musée de Léningrad), les Marocains (1912), le Peintre et son modèle (1916, musée national d’Art moderne). 

La transposition de la réalité devient plus radicale, les rythmes, saccadés et elliptiques. Les années suivantes, il se détend ; le succès, l’euphorie de l’époque, Nice, où il s’installe et où il rencontre Renoir (1917), l’oriente vers un art de grâce, de souplesse, de modelés légers (jeunes femmes, étoffes, fleurs, en des toiles harmonieuses et directes, qui sont parmi les plus achevées de son oeuvre) ; Fenêtre à Nice (1919) et série des Odalisques.  

Il parcourt l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, la Russie, avant de partir pour Tahiti. 

En 1928, il est revenu à des recherches de simplification et de force (Figure décorative sur fond ornemental [1928, musée national d'Art moderne]e Buffet [id.]), tout en demeurant attaché à l’exaltation de la joie de vivre. Ces qualités caractérisent la grande décoration de la Danse (fondation Barnes, 1913-1933). Il accentue l’audace de ses accords (la Blouse Roumaine, 1940), en introduisant parfois des noirs purs (Liseuse sur fond noir, 1938), ou en accentuant l’éclat de rouges (Grand intérieur rouge [1948], musée national d’Art moderne). La forme redevient plate, synthétique : Jeune fille en robe blanche (1941). L’aboutissement de cette évolution se trouve dans la décoration de la Chapelle du Rosaire des Dominicains de Vence (1950). 

Matisse a laissé un grand nombre de dessins, à la plume et au trait pur, ainsi que des fusains. Il a illustré notamment les Poésies de Mallarmé (1932), les Amours de Ronsard (1948), les Poèmes de Charles d’Orléans (1950). 

Sont oeuvre gravée est près de cinq cents pièces (eaux-fortes, bois, lithographies). A la fin de sa vie, il a pratiqué la technique du papier collé en des compositions de grand format, le Boxeur nègre (1947), Tristesse du roi (1952), ou de dimensions plus modestes (fleurs et danseuses). 

Il faut mentionner aussi son oeuvre de sculpteur (bronze), où il s’est de même attaché à réaliser ce qu’il appelait  » une synthèse vivante et suggestive ». 

Matisse a écrit des pensées sur la peinture, publiées dans diverses revues (« Notes d’un peintre », dans la Grande Revue, décembre 1908). 

Son influence sur la peinture contemporaine a été considérable. Il est représenté dans de grandes collections d’Europe, d’Amérique et du Japon. 

  

 

jiddu Krishnamurti – 3 – Bilan

 


Avant de se pencher plus précisément sur le message laissé par Krishnamurti, en voilà une vue d’ensemble.

Krishnamurti commence par le début : la souffrance, la misère, la désintégration de tout ce que notre esprit a créé pour nous libérer : l’échec de l’homme à tous les niveaux de l’existence. Il n’était pas question pour lui de raser les constructions anciennes pour les remplacer par d’autres qui parviendraient inévitablement à leur fin. C’est en cela que son action se situe à un niveau différent de celles d’autres hommes qui n’ont pas résisté à combler les espaces vides de leurs théories. Ces dernières paraissent parfois résister au temps, elles n’en sont pas moins un poids qui nous retient solidement en nous.

 

Krishnamurti ne propose pas d’analyse des faits, des causes, des conséquences. Il ne nous promet pas de nous tirer plus haut, ni de nous donner un enseignement qui nous libérera de notre misère. Il ne nous invite pas à la suivre sur la voie libératrice d’une pensée ou d’une pratique quelconque. Il essaye simplement par le mensonge à la puissance 1, la parole, de nous révéler à nous même, afin que nous puissions voir ce qui est, pour nous oublier. Sortir de l’ego, accéder à la créativité par la cessation non contrainte de nos processus de pensée, par la vision de notre vacuité et la découverte simultané de l’amour.

 

« Ainsi donc en vue de comprendre la nature d’une société en voie de désintégration, n’est-il pas important de vous demander si vous et moi, si l’individu peut être créatif ? Nous pouvons voir que là où est l’imitation, il y a certainement désintégration ; là où est l’autorité, il y a nécessairement copie. Et puisque toute notre structure mentale et psychologique est basée sur l’autorité, il faut nous affranchir de l’autorité afin d’être créatifs. »

S’affranchir de l’autorité est une chose difficile. Nous avons conscience de notre propre faiblesse, nous avons conscience de notre peur face à la réalité. Nous ne voulons pas être seul car nous n’avons pas la force d’affronter ce qui est. C’est alors que nous donnons notre liberté à une cause qui doit remplacer notre progression individuelle. Nous vendons notre liberté comme un paquet de mots vides. Une fois notre liberté vendue, nous avons l’avantage de ne plus directement être concernés par les faillites du système, lesquelles ne sont que la projection de notre lâcheté. Tout au plus, en cas de désillusion, changerons-nous de système, mais cette épicerie ne nous rendra jamais ce que nous avons perdu, la liberté.

 

« Un système ne peut pas modifier l’homme, c’est l’homme qui altère toujours le système. »

Chacun veut la révolution, la liberté pour les hommes, et autres sornettes de même acabit. Chacun détient l’élixir de bonheur, de liberté, mais personne ne songerait à l’essayer. Notre seule vision est de forcer les autres à en boire un bon coup, quitte à leur casser les dents pour que ça descende mieux. Nous ne sommes que des réduits à propagande passant leur temps à coasser. Les arbres sur lesquels nous nous posons s’enlisent si vite que nous passons indéfiniment sur le suivant.

 

« Les idées sont toujours une source d’inimitié, de confusion, de conflits. Il nous faut d’abord nous affranchir de toutes les propagandes. Les croyances divisent les hommes. »

 

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La transformation par l’amour

 

Krishnamurti ne nous propose pas de nouveau refuge. Par la vision des faits il tente de nous faire découvrir la vraie liberté.

 

« Nos problèmes sont si complexes que nous ne pouvons les résoudre qu’en étant simples. Nos esprits sont si encombrés que nous sommes devenus incapable d’être simples et d’avoir des expériences directes. Si l’on est pas simples on ne peut pas être sensible aux signes extérieurs des choses. »

Pour prévenir de notre part une éventuelle recherche de simplicité, il précise ce qu’il entend par là :

 

« Un esprit habile n’est pas simple. Un esprit qui a un but en vue pour lequel il travaille, une récompense, une crainte, n’est pas un esprit simple. Un esprit surchargé de connaissance n’est pas un esprit simple. Un esprit mutilé par des croyances, un esprit qui s’est identifié à ce qui est plus grand que lui et qui lutte pour maintenir cette identité n’est pas un esprit simple. La simplicité est action sans idée. Mais c’est une chose très rare : elle implique une état créatif. »

Il ne s’agit pas de réduire le nombre de ses possessions extérieures (chaussettes, poissons rouges, surfaces molles etc.) mais plutôt de dissoudre celles qui à l’intérieur de nous-mêmes sont plus tenaces.

 

« La simplicité fondamentale, réelle, ne peut naître que de l’intérieur ; et de là se produit l’expression extérieure. La simplicité nous rend de plus en plus sensible. Un esprit sensitif (un cœur sensitif) est essentiel, car il est susceptible de perception rapide. »

 

La simplicité dont parle Krishnamurti n’est pas un moyen de parvenir quelque part mais uniquement l’aboutissement de notre libération.

Les mots sont un des principaux obstacles à notre liberté. Leur importance est si grande dans notre vie consciente et inconsciente qu’ils sont devenus notre principale nourriture. Le fait de nommer chaque perception supprime les contacts directs que nous pourrions avoir avec l’univers. Le contact devient de plus en plus rapide, sec, inexistant. Nous croyons atteindre par le mot ce qui est en relation avec nous, mais nous nous imposons des limites qu’il est difficile de franchir ensuite. Nous mutilons nos perceptions et nos contacts en les nommant consciemment et inconsciemment.

 

« Si je ne nommes pas un sentiment, c’est-à-dire si la pensée cesse d’être une communication verbale, ou une manipulation d’images et de symboles (comme pour la plus part d’entre nous) qu’arrive-t-il ? L’esprit devient autre chose qu’un simple observateur, car, ne pensant plus en termes de mots, de symboles, d’images, le penseur n’est plus séparé de la pensée, c’est-à-dire du mot. Et l’esprit est alors silencieux. »

 

Le silence de l’esprit est amour ; parfois ce que nous appelons l’amour dévoile un fragment de ce silence. L’amour que nous éprouvons nous porte au-delà de l’ego. Il est un des instants où nous échappons aux mots, aux idées, aux concepts qui nous enferment. Nous ne pouvions donc pas faire autrement que d’en créer un de nos problèmes les plus importants. L’amour est l’écharde qui nous donne ce que nous fuyons : la liberté.

 

La meilleure façon de créer un problème important est évidemment de le diviser en plusieurs petits problèmes : l’amour, l’érotisme, la sexualité, le désir, la chasteté sur lesquels nous rajoutons en surimpression les grands mots clé, encore plus dépourvus de sens : liberté, droit, morale. Après cette double opération, le problème a atteint toute son ampleur. Impossible de le résoudre. Nous pouvons donc nous en repaître à loisir, le surcharger, écrire des livres, réaliser des films, interviewer des gens, avoir des avis ; en parler, à la radio, à la télévision, dans la presse, aborder le problème en famille, autour d’un steak frites, à l’église, à l’université ou dans le métro.

 

« L’esprit ne peut que corrompre l’amour, il ne peut pas l’engendrer, il ne peut pas conférer de la beauté. L’amour n’est ni du monde de la pensée, ni du monde des objets de la pensée. On ne peut pas penser à l’amour, on ne peut pas le cultiver, on ne peut pas s’y exercer. L’amour seul peut transformer la folie actuelle, la démence du monde. »

 

*

 

La vision de ce qui est

 

 

« Plus l’on se connaît, plus il y a de la clarté. La connaissance de soi n’a pas de limite : elle ne mène pas à un accomplissement, à une conclusion. C’est un fleuve sans fin. Plus on y plonge, plus grande est la paix que l’on y trouve. Ce n’est que lorsque l’esprit est tranquille grâce à la connaissance de soi (et non par l’imposition d’une discipline) qu’en cette tranquillité, en ce silence, la réalité surgit. Alors seulement est la félicité, l’action créatrice. »

 

La connaissance de soi est donc un état sans but, sans conclusion, sans cesse mouvant. L’homme qui se connaît voit ce qui est sans intermédiaire, sans déformation. Il ne juge pas. Il ne condamne pas, il n’interprète pas. Il n’est plus celui qui regarde ni ce qui est regardé, il est simplement.

Cette réalité nous échappe car lorsque nous le voulons, en raison justement de cet effort, elle se dérobe. Elle n’entre dans aucun moule préfabriqué et nous sommes incapables de nous ouvrir à quelque chose sans avoir défini et par conséquent, tué d’avance, la venue de ce quelque chose. Nous cherchons le vide, la béatitude, la félicité, nous n’en trouvons que l’image. L’accomplissement n’en sera que projection de notre moi et nous n’aurons pas de peine à l’atteindre si notre volonté est suffisante. C’est la différence subtile qui trompe plus d’un candidat à la libération. On n’atteint que l’idée de la libération. Lorsqu’il y a réellement libération, il n’y a plus cheminement vers quelque chose ni quelque chose qui soit atteint.

Mais cette réalité, cette vérité, où la saisir ?

Est-ce un état lointain ?

Et si celui qui la recherche ne peut l’atteindre, que faire ?

Krishnamurti répond :

 

« Le réel est tout près de vous. La réalité est en ce qui est – c’est cela sa beauté. Tout mouvement de l’esprit, positif ou négatif, est une expérience, laquelle ne fait, renforce le moi. L’état de création n’est pas du tout dans le champ d’expérience du moi, car la création n’est pas un produit de l’intellect, n’est pas du monde de la pensée, n’est pas une projection de l’esprit, mais est au-delà de toute expérience. »

 

Cet état créatif signifie état neuf, état non souillé par l’esprit. Il signifie que nos murs, servant à la fois de remparts, contre la réalité et de soutiens, s’écroulent sur la poussée lumineuse. Il ne s’agit pas de détruire nos murs psychologiques et spirituels, ni de tenter de réduire votre moi au silence, notre mémoire et notre pensée à néant. C’est le chemin suivi par de nombreux adeptes à la réalisation, mais on ne s’arrache pas le moi par la force. Une quête spirituelle procédant ainsi se heurterait sans cesse aux éléments indestructibles de la volonté. A peine arrachés, ils resurgiraient plus puissants. C’est uniquement la poussée lumineuse de la réalité vécue avec simplicité qui découvre en nous l’état paisible, le vide créatif. C’est la mort à ce que nous appelons la vie qui est le passage de la réalité. Au-delà, le temps, l’espace, le moi

et la perception ont subi la désintégration spirituelle. Il y a un hiatus entre ce que je suis et ce que je devrais être, et nous essayons de jeter constamment un pont entre les deux. C’est cela notre créativité. Qu’arriverait-il si l’idée n’existait pas ? D’un seul coup vous auriez éliminé l’intervalle. Vous seriez ce que vous êtes. »

 

« Se connaître tel que l’on est exige une extraordinaire rapidité de pensée, car ce qui est subit de perpétuels changements, et si l’esprit adhère à cette course il ne doit évidemment pas commencer par accepter, par se fixer à un dogme ou une croyance. »

 

« L’état créatif est discontinu ; il est neuf d’instant en instant ; c’est un mouvement en lequel le moi, le mien, n’est pas là, en lequel la pensée n’est pas fixée sur un but à atteindre, une réussite, un mobile, une ambition. En cet état seul est la réalité, le créateur de toute chose. Mais c’est état ne peut être conçu ou imaginé, formulé ou copié ; on ne peut l’atteindre par aucun système, aucune philosophie, aucune discipline ; au contraire, il ne naît que par la compréhension du processus total de nous-mêmes. »

Le devenir est la principale infirmité de l’homme, l’obstacle qui le situe toujours par rapport au passé. Il passe ainsi son existence entre le passé et le futur qui se rejoignent sans qu’il vive de présent immédiat. Il y a parfois quelques exceptions, quelques secondes d’extase pendant lesquels l’homme, dans l’amour ou la création artistique, échappe au temps et vit un présent immédiat, mais elles sont extrêmement rares. Nous sommes toujours prisonniers de notre mémoire affective qui nous retranche de la réalité et coupe toute communication avec le monde.

 

« Une nouvelle pensée, un nouveau sentiment ne se produisent que lorsque l’esprit n’est pas pris dans le filet de la mémoire. »

C’est en observant et en devenant conscient de nos mécanismes internes que nous pouvons saisir la différence entre le temporel qui nous paralyse et l’intemporel, libre de la mémoire et du temps.

 

« Observez-vous et vous verrez qu’il y a un intervalle entre deux pensées, entre deux émotions. Dans ce hiatus – qui n’est pas le produit de la mémoire – il y a une extraordinaire liberté par rapport au moi et au mien et cet intervalle est intemporel. »

 

« Examinez-vous sans identification, sans comparaisons, sans condamnations, sans justifications, observez simplement et vous verrez une chose extraordinaire se produire : non seulement vous mettez fin à une activité qui est inconsciente (et la plupart de nos activités le sont) mais vous devenez conscient des mobiles de cette action, sans enquête, sans analyse. »

Une autre difficulté, imposée elle aussi par la pensée, est l’impression que nous avons sans cesse de la nécessité de choisir. La volonté de parvenir à un état de libération, nous l’avons vu mène à l’illusion. Le choix, lui, engendre le conflit.

 

« C’est lorsque mon esprit est confus que je choisis ; si il n’y a pas de confusion, il n’y a pas de choix. Une personne simple et claire ne choisit pas entre faire ceci ou cela : ce qui est, est. Une action basée sur une idée est évidemment issue d’un choix ; une telle action n’est pas libératrice ; au contraire, elle n’engendre que de nouvelles résistances, de nouveaux conflits, conditionnés par l’idée. »

Les connaissances enfin sont un obstacle à la vision de ce qui est intemporel. Les actes et les pensées sont les produits mort-nés de la mémoire.

 

« Un homme riche de liens terrestres ou riche de connaissances et de croyances n e connaîtra jamais que les ténèbres et sera un centre de désordre et de misère. » – « Seul l’homme pleinement conscient est en état de méditation. Lorsqu’il y a cessation de soi, l’éternité peut entrer en existence. »

 

*

 

L’action sans devenir et l’effort

 

« L’action sans devenir est un état expérimental vécu, dans lequel il n’y a ni objet d’expérience, ni sujet subissant l’expérience. »

 

L’action telle que nous la concevons n’est que le résidu de l’idée dont elle est toujours dépendante. D’autre part l’expansion de l’intellectualisme qui nous étouffe supprime de plus en plus la possibilité de nous ouvrir à la réalité. Plus l’intellectualisme s’étend, plus la possibilité d’action diminue. Le pouvoir des mots est avant tout un pouvoir paralysant qui nous retranche à jamais de la réalité.

 

« L’idée n’est qu’une cristallisation de la pensée en un symbole et l’effort de se conformer au symbole engendre une contradiction. Ainsi, tant qu’existe un moule dans lequel vient se couler la pensée, la contradiction continuera ; et pour briser ce moule et dissiper la contradiction, la connaissance de soi est nécessaire. »

Nous avons vu que la volonté de parvenir à un but n’engendre que l’atteinte de la projection de notre pensée. La pensée à l’aide de laquelle nous essayons d’échapper à tout, de résoudre nos contradictions et nos problèmes se révèle au contraire l’instrument qui nous paralyse et nous confine en nous-mêmes, coupant tous les rapports que nous pourrions avoir avec l’univers et nous laissant nous heurter aux limites infranchissables que nous avons choisies. L’isolement, la vie en vase clos dans le vacarme des sons que nous croyons pourvus de sens, nous paralyse ainsi physiquement et nos actes ne sont plus que de pâles images de nos idées. L’odeur de la mort plane sur les cités de l’homme esclave et pour survivre, nous ne trouvons que d’autres mots à rajouter à ceux qui sont cause de notre dégénérescence.

 

L’absence d’acte sans devenir engendre l’effort ridicule qui nous secoue et nous propulse au sommet de nous même, sans plus. Nous voulons faire quelque chose, nous voulons changer l’échec en réussite mais sans arrêt nous nous encombrons dans nos propres jambes. Nous avançons nos barrières comme une planche de salut. Nous cherchons partout au point que le moindre résidu de pensée nous paraît être digne de confiance et que nous suivons en troupeau les croque-morts de l’illusion.

 

« Par la connaissance de soi, par la constante lucidité, l’on voit que la lutte, que les efforts en vue d’un devenir, ne mènent qu’à la déception, à la douleur, à l’ignorance. Mais vivre en état de connaissance en ce qui concerne ce vide intérieur et vivre avec lui en l’acceptant totalement., c’est découvrir une extraordinaire tranquillité, un calme qui n’est pas expliqué, construit, mais qui résulte de la compréhension de ce qui est. Seul cet état de paix est un état d’être créateur. »

 

*

 

Liberté et création

 

Krishnamurti essaye simplement de déclencher maintenant, à l’instant où les sons vous p

Parviennent, l’élan qui vous propulsera sans plus attendre vers la vision de la réalité. Pour la première fois, vous avez l’occasion d’agir, de laisser les mots morts à ceux qui s’en repaissent : les jugements, les appréciations, les subtilités se perdre dans l’espace.

 

« Lorsque je vous vois, je réagis. Le fait de nommer cette réaction, ce n’est pas une expérience. »

 

Ici commence la vision de la réalité. La réalité dépasse la fiction pour autant qu’on soit ouvert à l’action sans devenir.

 

« Si votre action a pour point de départ le centre du moi, elle doit produire, inévitablement encore plus de conflits, plus de confusion, plus de souffrance. »

Nous arrivons maintenant à l’effort qui nous pousse à rechercher tel ou tel acte. Il se pourrait que nous ayons l’impression qu’un effort soir absolument nécessaire même si nous n’avons pas l’idée d’un but à atteindre. Nous pourrions penser que l’acte sans devenir est le résultat de l’effort.

 

« Le bonheur se réalise-t-il par l’effort ? Avez-vous jamais essayé d’être heureux ? C’est impossible n’est-ce pas ? Vous luttez pour être heureux et il n’y a pas de bonheur. La joie ne vient ni par la répression ou la domination ni par un laisser-aller, car celui-ci finit dans l’amertume. »

 

Là non plus, la pensée ne paraît être d’aucun secours ni pour provoquer, ni pour réaliser l’acte pur. Elle dérobe par la tension qu’elle crée ce que nous cherchons « L’effort nous éloigne de ce qui est » « On ne peut pas rendre calme un lac. Il est calme quand la brise s’arrête. » Il nous faut d’abord être libres pour voir que la joie et le bonheur ne se produisent pas par un effort. Y a-t-il création par exercice de la volonté, ou au contraire lorsque cesse l’effort ? C’est alors que l’on crée, n’est-ce pas, que l’on écrit, peint ou chante, lorsqu’on est complètement ouvert, lorsqu’à tous les niveaux, on est en communication, lorsqu’on est intégré. C’est alors qu’il y a de la joie, que l’on exprime ou façonne un objet. Cet instant de création n’est pas le produit d’une lutte.

A l’image de la création artistique qui se produit lorsque l’effort cesse, lorsqu’il y a « non-présence à soi-même, en laquelle il n’y a aucune agitation ni même la perception du mouvement de la pensée », l’état créateur surgit lorsqu’il y a perception de la réalité. Ce vide créatif seul est bonheur intemporel.

 

*

 

La vacuité de l’esprit

« Un récipient n’est utilisable que lorsqu’il est vide, et un esprit qui est empli de croyances, de dogmes, d’affirmations, de citations, est en vérité un esprit stérile, une machine à répétition. Cet état de vide est ce que nous essayons de fuir par tous les moyens. C’est pour cela que la solitude est dangereuse car elle nous met en état de réceptivité. Nous cherchons ce que nous appelons des divertissements, nous cherchons à combler le silence par des bruits qui, en nous transportant dans le passé ou dans l’avenir, nous éloignent du vide. Nous meublons la solitude de pensées qui nous préservent. Mais cette vacuité ne disparaît pas pour autant. Nous la nions mais nous ne parvenons pas à la détruire.

« Si vous parvenez à une évasion totale, vous vous retrouverez dans un asile d’aliénés, ou vous deviendrez complètement stupide. Et c’est exactement ce qui se produit dans le monde. »

 

La seule solution, pour ne plus craindre cette vacuité, est de ne plus la fuir, de voir la réalité en face, sans mots, sans pensées.

 

« Le vide créateur ne peux jamais se produire tant qu’un penseur est là qui attend, qui guette, qui observe afin d’amasser l’expérience et de se consolider. Si vous « voulez » cette expérience, vous l’aurez ; mais ce que vous trouverez ne sera pas le vide créateur, ce sera la projection de votre désir, ce sera une illusion. Mais commencez à vous observer, soyez conscient de vos activités d’instant en instant, regardez l’ensemble de votre processus comme dans un miroir, et, au fur et à mesure que vous irez plus profondément, vous arriverez enfin à cette vacuité en laquelle, seule, peut se produire le renouveau. »

 

Cette vacuité fait sentir sa présence lorsque nous la fuyons, que nous la voyons comme un gouffre : lorsque nous la cherchons elle échappe à notre quête. Elle n’a pas de lieu, elle n’a pas de fixité et c’est en raison de cette fluidité que’elle n’apparaît qu’à celui qui ne « sait » pas.

« Les idées ne sont pas la vérité. La vérité doit être vécue directement d’instant en instant ; » – « C’est cela la vérité, mais la capacité d’aborder tout, d’instant en instant, à la façon d’un être neuf, non conditionné par le passé, de sorte qu’il n’existe plus d’effet cumulatif agissant comme une barrière entre soi et cela qui est . »- « L’idée ne s’arrête que lorsqu’il y a amour. L’amour n’est pas mémoire. L’amour n’est pas expérience. L’amour ne pense pas. »

 

La grande mobilité de la vérité nécessite une grande mobilité d’action accessible à celui qui ne s’attache à rien, à celui qui est libre comme le vent, car il a vu la réalité. La rapidité de sa perception rejoint la vérité qu’il « est » à travers toutes les évolutions, il n’y a plus de fixité, plus de formules, mais liberté lumineuse. Exempte de toute formation, il n’est prisonnier d’aucune formule, il n’y a plus de quête ou d’atteinte de la réalité. Les limites de la pensée sont transcendées, il atteint l’inexprimable, le sans parole.

« Si la vérité était un point fixe, ce ne serait pas la vérité, ce ne serait qu’une opinion. La vérité est l’inconnu et celui qui la cherche ne la trouver jamais car tous les éléments qui la composent appartiennent au connu. L’esprit est le résultat du passé, le produit du temps. I lest l’instrument du connu, il ne peut donc pas découvrir l’inconnu ; il ne peut aller que du connu au connu. »

 

La libération, l’état de souffrance, la béatitude, la joie, le bonheur, toutes ces choses sont la vacuité et la vacuité est au-delà de toutes ces choses. L’esprit calme et passif est alors dans son action réelle, dans sa vivacité, il perçoit la vérité inexprimable. Il échappe au temps et à l’espace. Il ne se referme sur rien.

 

« Pouvez-vous retenir le vent dans votre poing ? »

 

*

[Source : Article écrit par Daniel Odier, paru en Décembre 1970, Dans la revue Le nouveau Planète (Planète plus) Numéro 19]

 

 

 

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