De la confiance en l’esprit. – (Seng T’san) – Hsin Hsin Ming (Verses on the Faith Mind)

De la confiance en l’esprit. – (Seng T’san) – Hsin Hsin Ming (Shin Jin Mei) 3° Maître Zen

 

 

*

De la confiance en l’esprit.

 

*

 

La Voie parfaite n’est pas difficile,

Il suffit de rejeter tout choix.

Pourvu de ne haïr ni (d’) aimer

La pénétration en est clairissime.

 

Au moindre égarement

Ciel et terre sont séparés.

Afin de la voir en face,

On dépassera les contraires.

 

Le conflit « pour-contre »

Cause la maladie de l’esprit.

Ne discernant pas le sens mystérieux (de la Voie)

On s’évertue en vain à réfléchir paisiblement.

 

La Voie est parfaite comme le grand vide,

Sans carence, sans excès.

Accepter ou rejeter

Font nier l’intensité.

 

Ne pas s’identifier à l’existence,

Ne pas se résigner au vide,

Au sens sensible de l’unité

Cette dualité disparaît d’elle-même.

 

Renoncer à l’activité pour retrouver la passivité,

Ce renoncement est encore activité.

Seule obstrue la dualité,

Mieux vaut connaître l’Unité.

 

Quand l’Unité est obstruée,

Une double perte est encourue.

Nier l’existence, c’est s’y plonger,

S’en tenir au vide, c’est lui tourner le dos.

 

Parler beaucoup, beaucoup cogiter

Détourne de la vérité.

Rompre le discours, cesser l’intellection,

Aucun lien qu’on ne pénètre.

 

Retourner à la racine : Atteindre l’essence

Suivre les apparences : S’éloigner de l’origine.

A l’instant de l’éveil

On transcende ce vide-ci.

 

Les Transformations de ce vide-ci

Proviennent toutes de l’ignorance.

Inutile de rechercher la vérité

Abandonner toute opinion suffit.

 

On ne demeurera pas dans le dualisme :

On évitera soigneusement de le poursuivre.

Dès qu’apparaissent bien et mal,

L’esprit erre dans la confusion.

 

Deux prend source dans l’un

On ne s’agrippera pas à cet un.

Un esprit où rien ne naît

Ne trouve aucune faute aux dix mille dharmas.

 

Aucune faute, aucun dharma

Aucune naissance, aucun esprit.

 

Quand l’effet prend fin, la cause aussi,

Quand la cause disparaît, l’effet la suit.

L’effet est effet en vérité de la cause

La cause est en cause en vérité de l’effet.

 

Sache que l’un et l’autre

Proviennent d’un seul vide.

Le vide aux moitiés identiques,

Contenant chacun les dix milles formes.

 

Ne pas distinguer le fin du grossier

Vaut mieux que d’être enclin à la partialité.

La grande Voie est essentiellement libérale.

Ni facile, ni difficile.

 

Les vues mesquines renardent

Elles tournent en rond de la hâte à la lenteur.

L’opiniâtreté mène à perdre totalement

Pousse invariablement à la perversité.

 

Lâcher-prise : en soi

L’essence ne part ni ne demeure.

On suivra son inclinaison naturelle selon la Voie,

Vaguant à loisir, libre d’inquiétude.

 

L’anxiété obscurcit la nature bouddhique propre à chaque être,

Sombrer dans la confusion est malsain.

Malsain l’esprit troublé

A quoi bon antipathie ou sympathie.

 

Afin de progresser sur le Sentier Unique (le Grand Véhicule : Mahâyana)

On ne méprisera pas les six poussières des sens.

Ne pas mépriser les six poussières des sens

Revient à s’identifier au Véritable Eveil.

 

Le Sage non actif,

L’insensé se ligote.

Le Dharmas est sans Dharmas distinctifs,

Convoiter c’est se leurrer

 

Saisir l’esprit à l’aide de l’esprit

N’est-ce pas là errer grandement ?

De l’illusion naissent calme et agitation,

L’éveil est sans goûts ni dégoûts.

 

Toutes les dualités (auto déception délibérer,

Rêve, jonglerie, fleurs fantomatique.)

Pourquoi s’en soucier de s’en saisir ?

 

Gain-perte, vrai-faux

Sont à bannir totalement sur-le-champ.

Si l’œil ne dort pas,

Tous les rêves s’éloignent d’eux-mêmes.

 

Si l’esprit ne différencie pas entre

Les dix-milles Dharmas, il n’est qu’une « ainsité ».

Un « Ainsite », essentiel mystère

La causalité y est tout simplement oubliée.

 

Voir l’unité des dix-milles Dharmas,

Redécouvrir, retourner vers l’en-soi,

Met fin à la causalité

En rejetant la comparaison.

 

Inactive activité : non-activité.

Active inactivité : non-activité.

« Un et Un » en unisson avec cette équanimité ;

Toute activité cesse.

 

Lavé de tout doute et suspicion

La confiance originelle est restaurée.

Rien n’étant retenu,

Il n’est rien à se souvenir.

 

L’esprit en unisson demeure, vide, lucide, auto-illuminé,

Sans que son énergie s’épuise

En vues fausses.

Sentiments discriminatoires et conjonctions biscornues.

En son « Ainsité » le Dharma est

Sans « autres » sans « soi ».

 

En vue de s’y accorder spontanément,

Il n’y a qu’a s’écrier : « Pas Deux »

« Pas Deux » : Complète équivalence

Dont rien n’est exclu.

 

Les Sages des dix quartiers

Pénètrent toute cette origine ;

L’origine n’est ni pressée ni prolongée,

Le temps d’une pensée y est tout le temps (Dix-mille ans)

 

Sans « être « ni n’ « être pas »,

Les dix quartiers sont devant nos yeux.

L’infiniment petit est pareil à l’infiniment grand

Si on ne pense pas aux frontières qui les séparent.

 

L’infiniment grand est pareil à l’infiniment petit

Si l’on ne voit pas signe de frontière.

Ce qui n’est pas conséquence n’est pas

Ce qui n’est pas par conséquent est.

 

Un état de chose autre

Ne saurait se maintenir un instant.

Un, soit tout

Tout, soit un.

 

Si on comprend ceci, Pourquoi s’inquiéter de l’imperfection ?

Authentique esprit : pas deux

Pas deux : authentique esprit

Tout discours cesse

Plus d’allées et venues maintenant.

 

 

*

 

(Extrait de Seng T’san de Hsin Hsin Ming : Stances sur la foi ou sur la foi de l’esprit ou inscription sur l’esprit authentique.

[Editions Lebeer Hossman, Bruxelles-Hambourg, 1984 -Traduit en 4 langues : Par Robert Fillisu pour la version française]

 

*

Equanimité (equanimity) - http://www2.hawaii.edu

*

 

Hsin Hsin Ming (Verses on the Faith Mind)

Sengtsan, ca. 600 C.E.

The way is not difficult for those who have no preferences.

When love and hate are both absent every­thing be­comes clear and un­disguised.

Make the smallest distinc­tion, however, and heaven and earth are set infi­nitely apart.

If you wish to see the truth then hold no opinions for or against anything.

To set up what you like against what you dislike is the disease of the mind.

When the deep meaning of things is not understood the mind’s es­sential peace is dis­turbed to no avail.

 

The way is perfect like vast space where nothing is lacking and nothing is in excess.

Indeed, it is due to our choosing to accept or re­ject that we do not see the true nature of things.

Live neither in the en­tanglements of outer things, nor in inner feelings of empti­ness.

Be se­rene in the oneness of things and such erroneous views will dis­appear by themselves.

When you try to stop activity to achieve passivity your very effort fills you with activity.

As long as you remain in one extreme or the other you will never know oneness.

 

Those who do not live in the single way fail in both ac­tivity and passivity, assertion and denial.

To deny the real­ity of things is to miss their reality, ­to assert the emp­tiness of things is to miss their reality.

The more you talk and think about it, the further astray you wander from the truth.

Stop talking and thinking, and there is nothing you will not be able to know.

To return to the root is to find the meaning, but to pursue appearances is to miss the source.

At the moment of inner en­lightenment there is a go­ing beyond appearance and emptiness.

The changes that appear to occur in the empty world, we call real only be­cause of our ig­no­rance.

Do not search for the truth; only cease to cher­ish opin­ions.

 

Do not remain in the dualistic state, avoid such pur­suits care­fully.

If there is even a trace of this and that, of right and wrong, the mind es­sence will be lost in confu­sion.

Although all dualities come from the one, do not be at­tached even to this one.

When the mind exists undisturbed in the way, nothing in the world can offend.

 

When a thing can no longer offend, it ceases to exist in the old way.

When no discriminating thoughts arise, the old mind ceases to exist.

When thought objects vanish, the think­ing subject van­ishes, as when the mind vanishes, objects vanish.

Things are ob­jects because of the subject (mind); the mind (subject) is such because of things (object).

Understand the relativity of these two and the basic reality: the unity of emptiness.

 

In this Emptiness the two are in­distinguishable and each contains in itself the whole world.

If you do not discriminate be­tween coarse and fine you will not be tempted to prejudice and opin­ion.

To live in the way is neither easy nor difficult,

but those with limited views are fearful and irresolute: the faster they hurry, the slower they go, and clinging

(attachment) cannot be limited; even to be attached to the idea of enlightenment is to go astray.

Just let things be in their own way and there will be nei­ther coming nor going.

 

Obey the nature of things (your own nature), and you will walk freely and undisturbed.

When thought is in bondage the truth is hidden, for everything is murky and unclear.

and the burdensome practice of judging brings annoyance and weariness.

What benefit can be derived from distinctions and separations?

If you wish to move in the way do not dislike even the world of senses and ideas.

 

Indeed, to accept them fully is identi­cal with true enlightenment. ­

The wise man strives to no goals but the foolish man fetters himself.

There is one Dharma, not many; distinctions arise from the clinging needs of the ignorant.

To seek Mind with the dis­criminating mind is the greatest of all mistakes.

 

Rest and unrest derive from illusion, with enlightenment there is no liking and disliking.

All dualities come from ignorant infer­ence.

They are like dreams or flowers in air: foolish to try to grasp them.

Gain and loss, right and wrong, such thoughts must finally be abolished at once.

 

If the eye never sleeps, all dreams will naturally cease

if the mind makes no discriminations, the ten thou­sand things are as they are, of single essence.

To under­stand the mystery of this One essence is to be released from all entanglements.

When all things are seen equally the timeless Self-essence is reached.

 

No comparisons or analogies are pos­sible in this causeless, relationless state.

Consider movement stationary and the stationary in motion, both movement and rest disappear.

When such dualities cease to exist One­ness itself cannot exist.

 

To this ultimate finality no law or description applies.

For the unified mind in accord with the way all self-centered striving ceases.

Doubts and irresolutions vanish and life in true faith is possible.

With a single stroke we are freed from bondage; nothing clings to us and we hold to nothing.

All is empty, clear, self-illuminat­ing, with no exertion of the mind’s power.

Here thought, feeling, knowledge, and imagination are of no value.

 

In this world of suchness there is neither seer nor other than self.

To come directly into harmony with this reality just simply say when doubt arises,

‘Not two.’ In this ‘not two’ nothing is sepa­rate, nothing is excluded.

No matter when or where, enlighten­ment means entering this truth.

And this truth is beyond exten­sion or diminution in time or space;

in it a single thought is ten thousand years. Emptiness here, Emptiness there,

but the infinite uni­verse stands always before your eyes.

 

Infinitely large and infinitely small, ­no difference, for defini­tions have vanished and no boundaries are seen.

So too with Being and non-Being.

Don’t waste time in doubts and arguments that have nothing to do with this.

 

One thing, all things: move among and intermingle, without dis­tinction.

To live in this realization is to be without anxiety about non-perfection.

To live in this faith is the road to non-duality, because the non-dual is one with the trusting mind. Words!

The way is beyond language, for in it there is no yester­day, no tomorrow, no today.

*

 

-Translated by Richard B. Clarke.

 

 

Laisser un commentaire

vitrines miniatures |
gani26031982 |
awal |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | .__-@-=^^/^^LEZARD.MECANIQU...
| io
| Lettre ouverte