La licorne et son symbolisme

La Dame  à la Licorne  (Musée de Cluny)

*

La licorne médiévale est un symbole de puissance, qu’exprime essentiellement la corne, mais aussi de faste et de pureté.

Nous retrouvons ces vertus dans la Chine ancienne , où la licorne est l’ emblème royal et symbolise les vertus royales.

 

Lorsque celles-ci se manifestent, la licorne apparaît : ainsi sous le règne de Chouen.

 

C’est, par excellence, l’animal de bon augure. Toutefois la licorne concourt à la justice royale, en frappant les coupables de sa corne.

 

La licorne combat aussi contre le soleil et l’éclipse, elle les dévore.

 

La « danse de  la licorne » est une réjouissance fort prisée en Extrême-Orient, à la fête de la mi-automne. Mais la licorne paraît alors n’être qu’une variante du dragon, autre symbole royal, mais surtout maître de la pluie. La lutte contre le soleil qui est responsable des sécheresses calamiteuses, pourrait expliquer ce rapprochement . (GRANET M. – Danses et légendes de la Chine ancienne, 2 vol., Paris, 1962 ).

 

Comme le dragon, la licorne a pu prendre naissance dans la contemplation des nuages, aux formes innombrables, mais toujours annonciateurs de la pluie fertilisante.

 

La licorne symbolise aussi, avec sa corne unique au milieu du front, « flèche spirituelle », « rayon solaire », « épée de Dieu », la révélation divine, « LA PENETRATION DU DIVIN DANS LA CREATURE ». Elle représente dans l’iconographie chrétienne la Vierge fécondée par l’Esprit – Saint.

 

Cette corne unique peut symboliser une étape  sur la voix de la différenciation: de la création biologique (sexualité) au développement psychique (unité a-sexuelle) et à la sublimation sexuelle.

 

Cette corne unique a été comparée à une « verge frontale », à un « phallus psychique » (VIREL André , Histoire de notre image , (p.202), Genève, 1965) : Le symbole de la fécondité spirituelle. Aussi est-elle, en même temps, le symbole de la virginité physique.

 

Des alchimistes voyaient dans la licorne une image de l’hermaphrodite ; il semble que ce soit un contresens : au lieu de réunir la double sexualité, la licorne transcende la sexualité. Elle était devenue au Moyen-Âge le symbole de l’incarnation du Verbe de Dieu dans le sein de la Vierge Marie.

 

Bertrand D’ASTORG dans « Le Mythe de la Dame à la Licorne » (Paris 1963) a renouvelé l’interprétation du symbole, en le rattachant aux conceptions médiévales de l’amour courtois. Il décrit d’abord sa vision de poète : « C’était une licorne blanche, de la même taille que mon cheval, mais d’une foulée plus longue et plus légère. Sa crinière soyeuse volait sur son front ; le mouvement faisait courir sur son pelage des frissons brillants et flotter sa queue épaisse. Tout son corps exhalait une lumière cendrée ; des étincelles jaillissaient parfois de ses sabots. Elle galopait comme pour porter haut la corne terrible où des nervures nacrées s’enroulaient en torsades régulières. » Puis il voit dans al licorne le type des grandes amoureuses, décidées à refuser l’accomplissement de l’amour qu’elles inspirent et qu’elles partagent.  La licorne est douée du mystérieux pouvoir de déceler l’impur, voire même la moindre menace d’altération dans l’éclat du diamant : « lui est connaturelle  toute matière en son intégrité ». De tels êtres « renoncent à l’amour par fidélité à l’amour et pour les sauver d’un dépérissement inéluctable » (Yves BERGER). Meure l’amour, pour que vive l’amour. Ici s’opposent la « lyrique du renoncement » à la  » lyrique de la possession », la survivance de la jeune fille à la révélation de la femme.

 

Le mythe de la licorne est celui de « la fascination que la pureté continue à exercer » sur les coeurs les plus corrompus.

 

P.H.SIMON a parfaitement synthétisé la valeur du symbole :  » Qu’elle soit, par le symbole de sa corne qui sépare les eaux polluées, détecte les poisons et ne peut être touché impunément que par une vierge, l’ emblème d’une PURETE AGISSANTE , ou que, chassée et invincible, elle ne puisse être capturée que par la ruse d’une jeune fille qui l’endort du parfum d’un lait virginal, toujours la licorne évoque l’idée d’une SUBLIMATION MIRACULEUSE DE LA VIE CHARNELLE et d’une force surnaturelle qui émane de ce qui est pur ».

 

Sur de nombreuses oeuvres d’art, sculptées ou peintes, figurent deux licornes affrontées, qui semblent se livrer un farouche combat. On y verrait l’image d’un violent conflit intérieur entre les deux valeurs que symbolisent la licorne : sauvegarde de la virginité (la corne unique levée vers le ciel), fécondité (au sens phallique de la corne). L’ enfantement sans défloration, tel pourrait être le désir, contradictoire sur le plan charnel, qui s’exprime par l’image des licornes affrontées. Le conflit n’est surmonté, la licorne n’est féconde et apaisée, qu’au niveau des relations spirituelles.

 

Dans la sixième et dernière tapisserie de la célèbre série du musée de Cluny, intitulée « La Dame à la Licorne », la jeune femme, qui se dépouille de ses bijoux, est sur le point d’être absorbée par la tente, symbole de la présence divine et de la Vacuité. L’inscription qui surmonte la tente, « A mon seul désir », signifie que le désir de la créature se confond avec celui de la volonté qui la dirige. Dans la mesure où notre existence est un « jeu divin », notre part devient libre et active, lorsque nous nous identifions au marionnettiste qui nous crée et nous dirige. Alors le Soi se dissout pour faire place au Grand-Soi, sous la tente cosmique reliée à l’étoile polaire.

 

La Dame par sa grâce et sa sagesse (Sophia – Shakti – Shekinah, c’est à dire, celle qui est sous la tente) autant que par sa pureté, pacifie les animaux antagonistes du Grand-Oeuvre : Le lion qui symbolise le souffre, et la licorne, le mercure. Souvent la Dame est assimilée au Sel philosophal. Elle est très proche de la parèdre d’ Hevajra dont le nom signifie « celle qui  est sans ego ». L corne dressée de la licorne, qui symbolise la fécondation spirituelle et qui capte le flux de l’énergie universelle est en accord avec le symbolisme axial de al tente, prolongé par une pointe avec le symbolisme des deux lances, de la coiffure de la Dame et de sa suivante, célèbrent les noces mystiques de l’Orient et de l’Occident (le chêne et le houx répondant à l’oranger et à l’arbre à pain.) Les armoiries, « de gueules à la bande d’azur chargée de trois croissants montants d’argent » suggèrent que ces tapisseries ont pu être commandées, par le Prince Djem, fils infortuné de Mahomet II, le conquérant de Constantinople. L’idéal de ce Prince longuement captif dans la Creuse où furent retrouvées ces oeuvres, ne consistait-il pas à réunir la Croix avec le Croissant ? L’île ovale qui supporte la scène est découpée comme un lotus, symbole de l’épanouissement spirituel. Quand au petit singe assis devant la Dame, il désigne l’alchimiste en personne, le « singe de nature » veillant sur sa maîtresse, qui peut être assimilée à la « Materia Prima »;

 

La licorne figure dans maintes planches de traités alchimiques (LOMBARDI-LAMBSPRINCK-MYLIUS, etc…). Cette bête fabuleuses d’origine orientale, liée au « troisième oeil » et à l’accès au Nirvana, au retour au centre et à l’Unité, était toute destinée à désigner au hermétistes occidentaux le chemin vers l’or philosophal – vers la transmutation intérieure qui s’effectue lorsque l’androgyne primordial est reconstitué. En Chine, le nom de la licorne, « Ki lin », signifie  yin-yang (CAROUTCH Yvonne , La Licorne alchimique, Paris, 1981).*

 

Texte extrait  du DICTIONNAIRE DES SYMBOLES (Mythes, Rêves, Coutumes, Gestes, Formes, Figures, Couleurs, Nombres.) de Jean CHEVALIER et Alain GHEERBRANT

 

Editions Robert LAFFONT/JUPITER -

Collection BOUQUINS

Pour l’Edition revue et corrigée (copyright) 1982

ISBN : 2.221.50319.8

*

Dames  à la Licorne - www.neomillenium.org

7 Réponses à “La licorne et son symbolisme”

  1. nathly83 dit :

    Une lecture bien interessante en ces premières heures…
    Y aurait il une signification mais je n’ai jamais aimé cet animal de légende !!!
    Sourire, allez savoir, mon savoir s’est enrichi ce matin, mais la licorne ne m’ai pour autant pas plus symploique.

    Pensées Sud, Ganesh
    nathalie

  2. Et en feng-shui, la licorne symbolise la renommée. Une revenante. Marie.

  3. feria dit :

    Une super lecture pour moi!! qui a l’inverse de Nathly83 j’adore les licornesdepuis toujours

  4. gwemaline dit :

    Une interessante image symbolique en cette noble représentation imaginaire et toutefois ne se réincarne t’elle retrouve t’elle pas en toute maitresse femme…

    Gwemaline

  5. jjfg dit :

    non mais moi je suis juste un colegien et vous vous intereser a sa!!!

  6. LORETTE dit :

    Voici l’adresse du site que j’ai consacré à deux tentures que je pense être les œuvres de Jean Perréal : La Chasse à la licorne des Cloisters de New York et La Dame à la licorne de Cluny à Paris.

    http://www.premiumorange.com/tapisseries-licornes/

    N’hésitez pas à me faire part de vos remarques sur nos hypothèses (car nous recherchons à trois) : suggestions et critiques. Elles seront les bienvenues.Merci.

    jacky.lorette@laposte.net

  7. LORETTE dit :

    La Dame à la licorne a déménagé.
    Orange a supprimé depuis le 31 janvier dernier son option  » Page Perso Premium  »
    à laquelle j’étais abonné pour mon site dont l’adresse était
    http://www.premiumorange.com/tapisseries-licornes/

    Mes recherches sur diverses œuvres d’art dont la tenture de La Dame à la licorne
    sont désormais exposées sur un nouveau site dont voici l’adresse :
    http://dame-licorne.pagesperso-orange.fr

Laisser un commentaire

vitrines miniatures |
gani26031982 |
awal |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | .__-@-=^^/^^LEZARD.MECANIQU...
| io
| Lettre ouverte